Baby Driver

mv5bmjm3mjq1mzkxnl5bml5banbnxkftztgwodk1odgymji-_v1_sy1000_cr006741000_al_Film d’action américain (2017) d’Edgar Wright, avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jon Hamm, Eiza Gonzalez, Jon Bernthal et Jamie Foxx – 1h53

A Atlanta, Baby, en dettes avec un patron du crime, sert de chauffeur à des bandes de braqueurs. Mais à cause d’acouphènes, il doit écouter constamment de la musique pour se concentrer pleinement sur ses missions…

Le 20 juin dernier, les Super Marie Blog faisions partie des quelques 500 chanceux à assister à la séance Panic!XChroma de Baby Driver au Forum des images, la seule avant-première française en présence de son réalisateur de génie Edgar Wright. Le 20 juin, ça fait déjà une paye, me direz-vous. Le truc, c’est qu’on a vu Baby Driver et qu’il nous a bien fallu ce temps là pour mettre en mots (ne serait-ce qu’essayer) l’incroyable expérience cinématographique que le réalisateur de la Cornetto trilogy nous a offerte.

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Le petit génie Edgar Wright au travail avec son crew.

Le mieux serait donc de commencer par le commencement : il y a une vingtaine d’années, avant même de tourner un épisode de Spaced, Edgar Wright fait le rêve, devenant bientôt une obsession, d’une séquence cinématographique rythmée par Bellbottoms de The Jon Spencer Blues Explosion, muant forcément en scène d’ouverture de ce qui deviendra Baby Driver. Les années qui suivent, l’idée ne lâche pas Wright, pas plus que lui ne la lâche, la testant même sur un clip en 2002 (Blue Song de Mint Royale). Il reprendra de ce premier essai le film de casse et de bagnoles pour contenir son concept, s’inspirant du scénario de Driver de Walter Hill pour écrire ses séquences de poursuite (ce qui doit être effectivement compliqué avec seulement une feuille et un stylo), et envoyant le Drive de Nicolas Winding Refn dans le décor. Avec une vingtaine de chansons choisies dès le scénario, augmentant à 35 dans le résultat final, Wright a littéralement chorégraphié tout ce qui passait devant ses caméras posées à Atlanta, avec, cela va sans dire, des vraies cascades parfois exécutées par les vrais acteurs, quand un vulgaire Vin Diesel devrait se contenter d’une voiture sans permis.

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Baby (Ansel Elgort), prêt à prendre la route et à devenir un personnage iconique !

Baby Driver est donc un véritable assouvissement d’un pur fantasme cinéphile qu’en bon cinéaste de génie, Edgar Wright transmet à son spectateur qui trépigne avant le film, devient hystérique pendant la projection, et finit exténué après le générique de fin. Comme Baby Driver va vite, très vite, puis trop vite, il m’est encore difficile de savoir par où commencer. Sans doute par la BO, art dans lequel Wright excelle depuis Shaun of the Dead, et qui est ici tellement riche et éclectique qu’on en aurait oublié que Simon and Garfunkel avait chanté un excellent titre éponyme. Les chansons ayant accompagnées Wright depuis l’écriture (et les droits achetés avant même le premier jour de tournage), elles ont toutes les fonctions diverses et imaginables – rythmiques, narratives, ironiques – toujours étroitement liées à ce qui se passe à l’écran. Construit par et pour la musique, Baby Driver est donc une authentique comédie musicale dont toute l’action est construite par les chansons sans qu’elles ne l’interrompent, et en s’enchaînant sans interruption, comme le jukebox généreusement aléatoire du Winchester, pendant tout le métrage. Profitant comme peu de films de l’éternelle association de la musique et du cinéma, Baby Driver construit donc simultanément sa cinématographie et sa musicalité, l’un n’allant jamais sans l’autre. Et le résultat donne l’impression d’un Bullitt réalisé par Gene Kelly et Stanley Donen ! Ainsi, au détour par exemple d’un plan-séquence dans lequel Baby danse sur Harlem Shuffle de Bob & Earl dont l’image reprend les paroles, Baby Driver sort immédiatement La La Land de la route – et c’est un fan du film de Damien Chazelle qui le dit ! Wright anoblit donc le cinéma « clippesque », adjectif très souvent usé de manière péjorative alors que Baby Driver nous montre qu’il est sans doute, quand il est parfaitement exécuté, l’évolution naturelle du film musical.

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Bats (Jamie Foxx), roi du crime comme l’indique son sweat trop classe !

Si Edgar Wright se contentait de signer une comédie musicale, ce serait déjà la meilleure de la décennie. Mais non, il faut en plus qu’il se frotte au film de gangster, rendant le film encore plus insaisissable et citant des Heat, des Reservoir Dogs ou des Bonnie and Clyde en les associant parfaitement à son imagerie pop colorée et vivifiante (un nouveau beau boulot du chef op Bill Pope). Pour ne pas détourner l’attention du public de ses tours de force, Wright propose un scénario simple (on a déjà vu ce genre d’histoires de rédemption) mais loin, bien loin, d’être simpliste. Ainsi, les personnages ont beau être stéréotypés, les acteurs les incarnent en prenant un pied d’enfer (le Kevin Spacey d’Usual Suspects n’était pas aussi hilarant) et Wright les développe avec une brièveté qui n’empêche pas la précision (le trauma de Baby n’est l’histoire que de quelques séquences mais ô combien importantes). Et le réalisateur de Hot Fuzz les adjoint de judicieux caméos et de personnages secondaires très étonnants (le neveu est fabuleux !). Le récit mené pied au plancher n’empêche donc pas la justesse, comme la position morale que Wright donne à son héros, pour le coup assez expéditive dans d’autres films du genre. Et puis reprocher à Baby Driver d’avoir un scénario facile, ce serait comme reprocher à un standard comme Twist and Shout d’avoir des paroles répétitives : c’est injustement isoler un aspect qui fonctionne précisément dans le punch de l’ensemble. Modestement, Wright mesure son Baby Driver au feeling irrésistible des chansons qui le composent et ça marche diablement à fond ! D’une cinématographie absolue et essentielle, promis à être revu en boucle comme on use ses disques préférés, Baby Driver est donc le tube incontestable de l’année, confirmant une nouvelle fois la place de son auteur au sommet de la pop culture qu’il comprend et assimile si bien pour nous l’offrir généreusement à chaque chef-d’oeuvre.

BASTIEN MARIE


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