L’Invasion des profanateurs

mv5bmtg1mtgxmty2mf5bml5banbnxkftztgwodg0ntc1mde-_v1_Invasion of the Body Snatchers Film de science-fiction américain (1978) de Philip Kaufman, avec Donald Sutherland, Brooke Adams, Jeff Goldblum, Veronica Cartwright et Leonard Nimoy – 1h55

A San Francisco, un groupe d’amis mené par Matthew Bennell, inspecteur de l’hygiène, fait face à une invasion extraterrestre remplaçant les gens par des clones dénués d’émotion…

Cette Invasion des profanateurs est la seconde adaptation cinématographique de la célèbre nouvelle de Jack Finney dont le titre français nous fait chercher des profanateurs dans une histoire de science-fiction où il n’y en a aucun. Tout ça parce qu’ils ont repris la traduction de The Body Snatcher (1945) de Robert Wise qui lui parle bien de voleurs de cadavres. Bref, préférons le titre original de Philip Kaufman qui est donc une relecture plus libre de la nouvelle que celle qu’offrait Don Siegel dans les années 50. Kaufman ne renie pas pour autant l’importance de son prédécesseur (Siegel vient faire un caméo dans le rôle d’un chauffeur de taxi, tout comme son acteur Kevin McCarthy qui semble n’avoir jamais terminé sa course effrénée du premier film !) mais adapte fort judicieusement cette histoire décidément incontournable au fort climat paranoïaque de la fin des années 70, en attendant que quelqu’un se penche à nouveau dessus aujourd’hui (qu’est-ce que donnerait cette invasion aux temps des réseaux sociaux à votre avis ?).

Une vingtaine d’années après la mémorable série B de Don Siegel, grand représentant de la SF 50’s, Philip Kaufman en signe donc un remake plus cossu (forcément), peut-être moins directement horrifique (encore que le film compte quelques séquences d’abominables clonages) mais tout aussi habile à faire naître l’angoisse puis carrément la panique. La principale et judicieuse modification qu’a apporté le scénariste W.D. Richter (Les Aventures de Jack Burton) à la nouvelle d’origine, c’est de troquer la petite ville californienne contre San Francisco comme lieu de l’action, élargissant autant l’espace que l’ampleur de la terreur : il ne s’agit plus de surveiller quelques voisins communistes – pardon, inhumains – mais de se méfier de l’ensemble de la société qui pourrait avoir muté dans notre dos. Cet Invasion of the Body Snatchers fonctionne donc à fond sur une paranoïa toute américaine après la démission de Nixon. Pourquoi dès lors Kaufman se fatiguerait-il sur des horreurs graphiques alors qu’un mystérieux coup de téléphone, un regard trop insistant ou une filature de gens formant un étrange réseau suffit à faire froid dans le dos ?

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Le docteur David Kibner (Leonard Nimoy), Matthew Bennell (Donald Sutherland) et Elizabeth Driscoll (Brooke Adams) : avec Mr Spock dans la team, on devrait pouvoir réussir à résister à des plantes extraterrestres, non ?

Cet Invasion of the Body Snatchers ressemblerait presque moins au film original de Siegel qu’aux Trois jours du condor ou aux Hommes du président et, bien que les origines extraterrestres de la menace soient montrées d’emblée, on est moins face à une invasion qu’à un complot. La paranoïa ambiante est parfaitement relayée par la mise en scène parfois très étrange de Kaufman, multipliant les courtes focales, les cadres obliques ou les séries brutales de cuts pour piéger son spectateur dans la toile d’araignée avec le pauvre Donald Sutherland, au jeu plus sobre que son prédécesseur McCarthy (le bien nommé). Profitant également de l’ingénieux sound design de l’incontournable Ben Burtt, qui s’est amusé à éteindre les sons de la vie urbaine à mesure que l’invasion grandit, Invasion of the Body Snatchers est donc un film étouffant et pétrifiant, sachant jouer autant avec une peur existentielle que politique.

La peur du film culmine d’ailleurs dans son ultime séquence, imparable, qui légitimerait presque à elle seule tout le métrage qui la précède. Si vous n’avez pas encore été contaminé par Invasion of the Body Snatchers, ne lisez pas plus loin car je vais tout balancer. On retrouve Matthew de jour dans ses bureaux en pensant qu’il parvient à « jouer » à l’alien en dissimulant ses émotions, même quand il croise son Elisabeth perdue. Il est interpellé dans la rue par Nancy qui elle aussi a résisté à l’invasion et qui s’approche sans crainte de son ami… qui pointe son doigt délateur sur elle, ouvrant grand la bouche sur un cri strident. Générique de fin sans musique pour nous laisser plongés dans l’ultime effroi de ce final où Kaufman a trahi à bon escient son spectateur pour nous faire vivre ce qu’on redoutait le plus : être dans la cosse d’un envahisseur. Le réalisateur et Sutherland avaient d’ailleurs, sur le tournage, caché l’issue du film à la pauvre Veronica Cartwright qui, des Oiseaux à Alien, aura décidément expérimenté la terreur !

BASTIEN MARIE


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