Les Fantômes d’Ismaël

mv5bmzdkmtq1nzitotfknc00ngriltg2zgqtndkznju0yjjjytfkxkeyxkfqcgdeqxvyntu5ntk3mda-_v1_Dédale français (2017) d’Arnaud Desplechin, avec Mathieu Amalric, Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Lazslo Szabo et Hippolyte Girardot – 1h54

Pendant l’écriture d’un scénario sur la vie de son frère diplomate Ivan Dedalus, la vie d’Ismaël est bouleversée par le retour de sa femme Carlotta qu’il croyait morte…

Après avoir illuminé la Quinzaine des réalisateurs il y a deux ans avec Trois souvenirs de ma jeunesse, Arnaud Desplechin a eu cette année les honneurs d’ouvrir le festival de Cannes avec Les Fantômes d’Ismaël, nouvel épisode de son feuilleton Dedalus. Sauf que cette fois le diplomate n’est qu’un personnage fictif hantant les nuits du protagoniste Ismaël joué comme de coutume par Mathieu Amalric. Mais cet Ismaël est un « fabricant de films » : l’autobiographie est tenace chez Desplechin. A signaler que Les Fantômes d’Ismaël est sorti dans la plupart des salles en version courte, déjà rondelette avec son 1h50, le director’s cut lui rajoutant une vingtaine de minutes.

A ce que j’ai pu lire, ces scènes coupées seraient essentiellement destinées à lier les différentes histoires du film entre elles. L’omission est donc fort dommageable car Les Fantômes d’Ismaël, dans sa version courte, jongle assez maladroitement avec ses différentes intrigues. On a d’un côté l’histoire fictive qu’écrit Ismaël avec Louis Garrel (très bon, mais Quentin Dolmaire dans Trois souvenirs de ma jeunesse me manque déjà), de l’autre Ismaël qui déserte son tournage (du même film ?) malgré les supplications de son producteur Hippolyte Girardot (lui et Amalric s’amusent à jouer les savants fous) et entre les deux, le retour de la femme disparue jouée par Marion Cotillard (loin d’être renversante, elle qui a pourtant excellé à jouer bien des femmes fantomatiques dans sa carrière). A chaque histoire son style, du pastiche amusant de films d’espionnage au drame bergmanien sans consistance : Desplechin ne manque certainement pas de générosité en faisant trois films en un, mais la segmentation mal assurée des Fantômes d’Ismaël l’empêche d’être mémorable.

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Ivan Dedalus (Louis Garrel) un peu paumé : « Vous pouvez me rappeler dans quel film je suis exactement ? »

Par conséquent, le plus fort point commun entre Desplechin et son personnage de « fabricant de film » (on n’est pas loin du « faiseur ») est d’être un cinéaste dépassé par sa création, celle-ci semblant être une fièvre nocturne (on n’est pas loin du somnifère). Desplechin et Ismaël laissent les fantômes revenir dans leur vie sans savoir qu’en faire, pas plus qu’ils ne savent terminer leur film. Déjà peu convaincante, Cotillard n’est donc pas aidée quand le réalisateur – le réel et le fictif – laisse tomber Carlotta dans les dernières bobines, la transformant en baroudeuse fade quand bien même son apparition dans le film nous avait fortement intrigués. Et Garrel n’est pas mieux loti avec ses aventures diplomatiques qu’on ne cherche pas à articuler au reste. Visant parfois très juste (la très belle séquence où Ismaël relie deux tableaux de la Renaissance avec des ficelles) ou complètement à côté (qui s’en fout du triangle amoureux dans la maison de vacances ?), comme avec ses dialogues auteuristes pouvant aussi bien tout ou rien dire, Desplechin semble tourner son film au gré de ses envies de manière assez capricieuse pour que le spectateur se lasse de son jeu de cinéphile.

BASTIEN MARIE


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