Appel d’urgence

mv5bmtq4ndi0otkyov5bml5banbnxkftztcwnziyodi1na-_v1_Miracle Mile Film catastrophe (1988) de Steve De Jarnatt, avec Anthony Edwards et Mare Winningham – 1h27

Attention, il est préférable d’avoir vu le film avant de lire cette bafouille. Merci de votre compréhension.

Une nuit après un rendez-vous raté avec la femme de sa vie, Harry reçoit dans une cabine téléphonique l’appel d’un militaire affolé qui lui apprend que des missiles nucléaires vont s’abattre sur Los Angeles dans une heure et dix minutes…

La grande histoire : le cinéaste américain Steve De Jarnatt écrit le scénario de Miracle Mile en 1979 en se souvenant de son enfance passée à craindre une attaque nucléaire. Il pitche (et quel pitch) ensuite le projet à Warner Bros qui achète le script en envisageant d’en faire un sketch pour La Quatrième Dimension que prépare Spielberg. Bien décidé à en faire un long-métrage et rien d’autre, De Jarnatt rachète son scénario, quitte à se mettre sur la paille. C’est parti pour des années de stand by pendant lesquelles De Jarnatt fait des piges à la télé et tourne un premier long-métrage, le post nuke fauché Cherry 2000 (1987). Pendant ce temps, le scénario de Miracle Mile gagne une bonne réputation auprès de producteurs séduits mais qui cherchent forcément un moyen de sauver les personnages à la dernière page. Heureusement, Hemdale, une société de production venant de cartonner avec Terminator et Platoon, accepte d’acheter le projet tel quel et alloue à De Jarnatt trois millions de dollars pour tourner Miracle Mile avec Anthony Edwards, l’autre star de Top Gun et de la future série Urgences (dont De Jarnatt tournera d’ailleurs quelques épisodes). Miracle Mile ne connaît qu’un succès mince aux US en récoltant les quelques dollars qu’Indiana Jones et la dernière croisade veut bien lui laisser, et par conséquent une sortie confidentielle en Europe, et Appel d’urgence traverse les salles comme une étoile filante à la fin des 80’s.

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Harry (Anthony Edwars) se rend mains en l’air, ce qui n’est que moyennement efficace face à une menace nucléaire.

 

Maintenant, la petite histoire : j’ai dû attendre vingt ans avant de pouvoir voir Appel d’urgence. La première fois que j’en ai entendu parler, avec l’envie immédiate de le voir, c’était dans les pages du précieux numéro 100 de Mad Movies paru en mars 1996 où le film était rangé parmi leurs 100 meilleurs films fantastiques. Le film est depuis resté dans ma wishlist jusqu’à ce que le 13 juin 2017, le cinéma Lux à Caen et le distributeur Splendor Films (merci à eux, donc) organisent une projection d’Appel d’urgence en présence de Steve De Jarnatt dont c’est encore aujourd’hui le dernier long-métrage. A la suite du film, après lequel je n’ai pu lui poser de questions tant il m’a soufflé, j’ai eu droit à mon affiche dédicacée et j’ai eu le temps de lui raconter ma petite histoire. Il m’a demandé si ça avait valu le coup, j’ai eu envie de lui répondre : « Tu déconnes, Steve ! »

N’allez pas croire que ma longue attente ait biaisé mon jugement, puisque les longues attentes débouchent souvent sur des déceptions, mais Appel d’urgence est une réussite foudroyante, d’une intensité et d’un style formidables, assez typiques de son époque mais qui restent encore intacts aujourd’hui. Steve De Jarnatt a eu raison de croire dur comme fer à son high concept movie, quand bien même il soit devenu presque anachronique : à la fin des années 80, la menace de la Guerre froide s’est plutôt dissipée, mais le film n’a-t-il pas aussi anticipé les émeutes de Los Angeles de 92 ? De toute façon, le réalisateur se garde bien de donner une origine géopolitique à l’attaque du film : ça arrive, c’est tout. Et De Jarnatt trouve dans l’effroyable et époustouflant présent de son film une énergie folle confinant parfois à l’absurde, faisant d’Appel d’urgence un frère jumeau californien du new yorkais After Hours qui, comme de par hasard, est mon Scorsese préféré.

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Harry au cœur d’émeutes à Los Angeles qui n’ont pas encore à voir avec Rodney King.

 

Comme celle de son aîné, la mise en scène de De Jarnatt est précise, inventive et dynamique. Et pas dénuée d’humour et d’ironie, jusque dans les moments les plus sombres. Il faut dire qu’Appel d’urgence commence comme une comédie romantique (tel que nous l’a décrit son auteur : « C’est une comédie romantique qui prend un virage ») et le couple que forment Anthony Edwards et Mare Winningham apporte un indéniable impact émotionnel : on a beau rire de leur bluette des premières bobines, il faut bien avouer que leur romance nous prend forcément à cœur quand on veut plus tard s’en servir pour conjurer la fatalité du film. Les deux acteurs entraînent le spectateur avec eux dans leur course folle, et ça nous cloue au siège, nous fait bouillonner avant de nous dévaster dans un final qui donne autant d’incontrôlables frissons que celui de La Dernière Vague de Peter Weir (que De Jarnatt n’a pas manqué de nous citer comme influence). Ressortant en salles le 28 juin puis en vidéo en octobre, jetez-vous sur Miracle Mile car, après l’avoir attendu si longtemps, je peux vous assurer que le miracle a eu lieu !

BASTIEN MARIE


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