L’Amant double

mv5bnzq0zwm0ytitzdnlnc00yzjlltk2njitowuzogewn2y0zwq0xkeyxkfqcgdeqxvymtmxodk2otu-_v1_Thriller français (2017) de François Ozon, avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset et Myriam Boyer – 1h47

Chloé tombe amoureuse de son psychothérapeute Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité…

En tant que ce qui devient désormais le Ozon annuel (tant mieux, j’aime les gars qui bossent vite), L’Amant double a eu les honneurs de la compétition cannoise, rappelant au souvenir de ses stars Marine Vacth et Jérémie Renier les marches de leur naissance au cinéma – et tant pis pour ceux qui se plaignent des « abonnés » de la Croisette, qui deviennent aussi prévisibles que leurs cibles. L’événement aura été l’occasion pour François Ozon de se mesurer aux illustres mentors qui semblent s’imposer à L’Amant double : Alfred Hitchcock (Pas de printemps pour Marnie en particulier), Brian De Palma (l’un n’allant plus sans l’autre) ou David Cronenberg (Faux-semblants de toute évidence). Manque de bol, le réalisateur de Jeune et jolie aura encore été un maudit du palmarès, Almodovar ne lui trouvant pas de place dans le sien, ce qui me faisait penser que le film assumait peut-être trop son genre. Mais après vérification en salle, je suis désolé François, mais j’ai aussi été fort déçu…

Pourtant, tout commençait très bien avec cette séance chez la gynéco, couronnée par un raccord bien vu, annonçant le Ozon gentiment subversif. Après quoi le cinéaste expédie ses consultations chez le psy en quelques séquences s’ingéniant à déjouer le classique champ contrechamp pour mieux dédoubler les personnages tout en amorçant leur intimité. Tout ce qui suit est de la même élégance, le réalisateur ayant trouvé une parfaite recrue avec le chef op Manu Dacosse (L’Etrange couleur des larmes de ton corps) : tous les plans cherchent obsessivement les effets de miroir, les spirales, les jolies et troublantes surimpressions, en profitant au passage de jolies expositions artistiques au Palais de Tokyo. Ozon est à la limite du sur-signifiant mais, comme toujours chez lui, les enjeux sont appuyés à dessein pour mieux surprendre le spectateur qui, pensant avoir tout deviné, se retrouve gros jean comme devant en prenant le coup d’avance que le réalisateur de Dans la maison a gardé dans sa manche.

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Chloé (Marine Vacth) et son psy (Jérémie Renier) se mettent à nu, ça fera au moins chier les administrateurs de Facebook.

Sauf que cette fois, Ozon s’est emballé et a pensé remporter la partie avec un twist final ajouté au roman de Joyce Carol Oates. Je n’ai rien contre les twists, mais à condition qu’ils ne me laissent pas penser que le reste était du vent ; or, c’est tristement le cas ici. En essayant de ne pas vous dire de quoi il en retourne, ce retournement en épilogue anéantit toute la crédibilité qui a précédé et éteint le mystère du film plus qu’il ne le nourrit. La performance des acteurs (en particulier celle de Jacqueline Bisset) et la plasticité du film retombent à plat. Manquant de devenir le maniériste superficiel et provocateur que beaucoup voient en lui, Ozon se tire tout de même d’affaire grâce à son audace et son attachement franc et osé (pardon…) au genre, quand tant d’autres cinéastes français l’effleurent timidement. Mais L’Amant double ne se relèvera pas de cet ultime caprice de son auteur auquel on dit volontiers à l’année prochaine pour, j’espère, une nouvelle réussite.

BASTIEN MARIE


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