Psiconautas

332380Psiconautas, los niños olvidados Film d’animation espagnol (2015) de Pedro Rivero et Alberto Vazquez – 1h15

La jeune souris Dinki et ses amis tentent de s’évader d’une île ravagée par une catastrophe industrielle. Dinki veut emmener avec elle Birdboy, un oiseau orphelin et solitaire, traqué par la police qui le soupçonne d’être un dealer de drogues…

Avec Psiconautas, les espagnols Pedro Rivero et Alberto Vazquez signent une adaptation de la bande dessinée éponyme du second parue en 2006. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai puisqu’ils avaient déjà réalisé le court-métrage Birdboy en 2011. Quatre ans plus tard, voici donc le long qui fut couronné du Goya (les Césars espagnols) du meilleur film d’animation avant de figurer dans la sélection Acid à Cannes puis au festival d’Annecy. C’est grâce au distributeur Eurozoom que nous avons pu voir Psiconautas dans nos salles en mai 2017, dans un réseau de salles forcément très limité puisque les grands circuits n’aiment l’animation que quand elle est puérile, ou du moins destinée aux enfants…

Il aura donc fallu être chanceux pour avoir Psiconautas près de chez soi et être séduit par l’univers très noir d’Alberto Vazquez. Dès les premières images, le dessinateur et son coréalisateur confrontent l’anthropomorphisme de leurs jeunes personnages à l’extrême dureté de leur environnement et au pessimisme du propos. Impossible, lors de la catastrophe industrielle qui ouvre le film, de ne pas penser à Maus de Spiegelman ! On pourrait d’ailleurs jouer un bout de temps au jeu de reconnaître les influences, mais ce ne serait pas rendre justice à la singularité de Psiconautas, à sa cohérence et son identité visuelle, et à son bel équilibre entre ses thèmes très contemporains et le foisonnement de son animation.

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L’instant kaiju eiga d’un film qui ne pèse pas lourd en espoir…

Dans une narration (trop) morcelée, qui menace souvent la noirceur du film de devenir systématique, Rivero et Vazquez ne reculent, dans leur art rôdé du symbolisme, devant aucun thèmes graves et alarmistes : pollution, paupérisation, individualisme, maladie, survie, tout ça noyé dans la drogue pour éloigner les démons qui habitent presque tous les personnages. Ceux-ci étant d’ailleurs des enfants empêtrés dans un très lourd héritage des aînés à l’origine de leur monde désolé. Heureusement, Rivero et Vazquez ne nous laissent pas tout à fait sans issue : quelques brèves lueurs d’espoir brillent dans ces épaisses ténèbres et ils poussent malgré tout leurs personnages vers l’espoir. Le plus réussi de ces personnages reste Birdboy (du fait du court-métrage ?) qui, par sa nature profonde, incarne toute la terrible ambiguïté du film, et lui apporte ce petit supplément d’âme, celui du récit d’adolescence maudite à la Fureur de vivre. Mais il ne faut pas non plus omettre la nuance buñuelienne du sous-titre original (los niños olvidados) qui suffit à définir une bonne partie de la sauvagerie et de la cruauté de Psiconautas, film si riche que je peine à croire qu’il n’ait duré qu’1h15.

BASTIEN MARIE


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