Rodin

296563Biopic français (2017) de Jacques Doillon, avec Vincent Lindon, Izia Higelin et Séverine Caneele – 1h59

En 1880, à quarante ans, Auguste Rodin reçoit enfin sa première commande de l’Etat : la Porte de l’Enfer, d’après Dante. Partageant sa vie avec sa compagne Rose, Rodin se rapproche de son élève Camille Claudel qui devient sa maîtresse…

Nous célébrons cette année le centenaire de la mort de Rodin, ce qui amène son lot d’expositions et surtout ce Rodin, le film, biopic officiel, auquel se colle Jacques Doillon après que son entourage lui ait fait remarquer des influences du sculpteur sur son cinéma. Avec Vincent Lindon et Izia Higelin succédant à Gérard Depardieu et Isabelle Adjani dans Camille Claudel (1987) de Bruno Nuytten, qui se penchait sur la même période de la vie de l’artiste, Rodin s’est ouvert les portes des véritables maison et atelier du sculpteur à Meudon. Avec une sortie en mai, l’occasion était trop belle d’inviter Doillon en compétition à Cannes d’où il est reparti bredouille.

Tant qu’il ne quitte pas les ateliers, les établis et les échafaudages, Rodin est assez remarquable dans le genre du biopic artistique et excelle à montrer l’artiste au travail. Jacques Doillon pense autant l’œuvre du sculpteur que son propre art cinématographique, plaçant Rodin dans une fascinante jonction entre le statisme de l’un et le mouvement de l’autre. Dès lors, les deux artistes – le filmeur et le filmé – ont une identique obsession pour offrir mouvement et vie aux statues : les nombreuses séquences des poses des modèles ou celle où Rodin caresse une statue de marbre avec sa bougie sont de très belles tentatives d’arriver à cette finalité. Doillon rend à la sculpture son étonnante cinégénie bien qu’elle fut peu représentée au cinéma (à l’exception de taille des Statues meurent aussi d’Alain Resnais en 1953), et la plus belle séquence de Rodin devient naturellement celle où le sculpteur façonne le buste de Victor Hugo, faisant de vifs allers retours entre la pièce du modèle et celle de la statue pour modéliser immédiatement sa vision. Assurément, les œuvres de Rodin ont trouvé un bel écrin dans les amples décors de l’atelier, et Auguste a trouvé un bon acteur en Vincent Lindon dont le jeu rude convient à la rigueur de l’artiste.

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Rodin (Vincent Lindon) gère une contre-plongée pour se mesurer à la majesté de ses œuvres, mais il oublie qu’il n’est que dans un film français.

Cela en fait des qualités pour ce film ; malheureusement, je les pioche dans deux longues heures durant lesquelles les jolies visions artistiques de Doillon s’étouffent dans une panoplie de cinéma frrraaannnçais de laquelle on peut difficilement s’extirper. Pourtant, je sais gré à Doillon de ne pas avoir forcé les éléments historiques : passée la date inaugurale de 1880, Rodin se déroule sur plusieurs années qu’on n’indique pas inutilement, et des détails comme les critiques faites au sculpteur et le refus mutuel de l’académisme sont judicieusement établies avec de courtes rencontres avec des contemporains (Monet, Cézanne, Mirbeau). Ce qui me rappelle à quel point Cézanne et moi était risible dans ce domaine… En revanche, Rodin s’abîme dans un triangle amoureux peu intéressant, et les rapports et disputes avec Camille Claudel, quand ils ne sont pas traités via leurs œuvres et malgré une Izia Higelin investie, m’ennuient assez profondément, comme s’ils me faisaient le service après vente du film de Nuytten. Mais le pire reste les répliques : chuchotées jusqu’à devenir inaudibles, surtout quand Lindon parle dans sa moustache, elles sont soit d’une banalité affligeante, soit des paraphrases pompeuses de ce que Doillon met si bien en image. Malgré l’authenticité du geste et de l’hommage artistique, pas sûr donc que Rodin eût été le meilleur représentant du cinéma français sur la Croisette, tant il se vautre sur ses scories les plus agaçantes.

BASTIEN MARIE


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