11 Minutes

mv5bnwm4mme5nwutoti1zi00ngjhltlkodetm2m0nwy5owmzndgzxkeyxkfqcgdeqxvymja3mje1mzm-_v1_sy1000_cr006661000_al_11 Minut Thriller polonais, irlandais (2015) de Jerzy Skolimowski, avec Richard Dormer, Paulina Chapko, Wojciech Mecwaldowski, Andrzej Chyru et Dawid Ogrodnik – 1h21

A Varsovie, les destins de divers habitants gravitant autour d’un hôtel de croisent et se lient en onze petites minutes…

Éternel outsider revendiqué du cinéma européen, Jerzy Skolimowski a une riche filmographie qui ne demande qu’à être redécouverte. De ses débuts compliqués en Pologne à ses réussites anglo-saxonnes (Deep End, 1970 ; Le Cri du sorcier, 1978 ; Travail au noir, 1982), jusqu’à son retour fracassant avec Essential Killing (2010), aussi essentiel que son titre l’indique, après une quinzaine d’années d’inactivité derrière la caméra durant laquelle il trouvera le temps d’apparaître dans Mars Attacks ! et Les Promesses de l’ombre, Skolimowski est un sacré baroudeur du septième art qui ne veut plus aujourd’hui tourner ailleurs que dans sa Pologne natale. C’est donc là qu’il a tourné 11 Minutes, ainsi qu’en Irlande pour honorer les contrats de coproduction, présenté ensuite en compétition au festival de Venise en 2015. Les aléas de la distribution ont fait que 11 Minutes ne sort que deux ans plus tard chez nous grâce au distributeur Zootrope Films.

11 Minutes est un film choral nous montrant la collision de plusieurs personnages au cœur de Varsovie entre 17h et 17h11. Certes, la formule n’est pas nouvelle, rappelant un cinéma d’auteur très prisé il y a quinze ans devant les caméras d’Alejandro Gonzalez Iñarritu (Amours chiennesBabel), de Paul Thomas Anderson (Magnolia) ou même de Tarantino si on remonte plus loin encore. Pour autant, l’exercice de mise en scène était trop tentant et Jerzy Skolimowski, qui faisait déjà du cinéma quand les réalisateurs précités mouillaient encore leurs couches, s’en acquitte fort bien dans ce film qui, à défaut d’être vraiment surprenant, reste bougrement efficace, orchestré avec une énergie qui nous ferait douter que le mec qui tient la baguette a près de 80 ans ! Avec cadrages, montage et son au cordeau pour nous happer dans son jeu infernal, 11 Minutes est donc un thriller tout à fait recommandable.

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Un mari jaloux (Wojciech Mecwaldowski) pète un câble qui pourrait bien rayer Varsovie de la carte !

Avec son œil encore vif et malicieux, Skolimowski semble nous mettre au défi à chaque séquence, flirtant parfois avec l’expérimentation. Encore un signe d’imperturbable jeunesse pour le cinéaste qui capte par ailleurs à merveille le rythme très urbain, d’une urgence éreintante, qui tient 11 Minutes. Il en faut peu pour que le film devienne apocalyptique, juste ce regard misanthrope du réalisateur. S’il embrasse tous les points de vue de ses personnages (même le chien !), ce n’est pas pour les lier dans une parfaite harmonie, mais pour les faire se percuter pour créer le chaos, comme on frotte des silex pour allumer un brasier. Celui de 11 Minutes, perdu dans la multiplication des images (telles celles qui ouvrent le film), passera inaperçu, tel un pixel mort sur un écran d’ordinateur, rendant ces onze petites minutes, durant lesquelles il s’est passé tant de choses, de nouveau dérisoires. Certains pourraient y voir une condescendance de la part de Skolimowski ; j’y vois plutôt le sarcasme dévastateur de l’outsider s’extirpant de la masse d’images contemporaines pour en livrer une critique cinglante en 81 minutes seulement !

BASTIEN MARIE


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