Problemos

594018Comédie française (2017) d’Eric Judor, avec Eric Judor, Blanche Gardin, Youssef Hadji, Célia Rosich et Michel Nabokov – 1h25

A cause d’un ami de sa femme, Victor rejoint à contrecœur une tribu de zadistes résistant contre la construction d’un parc aquatique. Mais ils apprennent qu’une pandémie a décimé l’humanité, laissant les zadistes livrés à eux-mêmes…

Après le regrettable échec de La Tour 2 contrôle infernale, Eric Judor revient avec un second film au cinéma avec Problemos après avoir adoré le scénario écrit par l’humoriste Blanche Gardin et Noé Debré (Dheepan !). Investissant le terrain des zadistes pour gentiment s’en moquer, Problemos illumine sans mal la comédie française plus sinistrée que jamais grâce au sens de l’absurde de son auteur, reprise telle quelle de Platane pour un résultat toujours aussi jubilatoire.

Logiquement, Eric Judor s’offre le rôle du parisien sceptique (mais son point de vue n’est pas le seul ressort comique du film) pour mieux entrer dans l’histoire écrite par Blanche Gardin dont on retrouve l’humour cracra au détour, par exemple, d’une chansonnette en l’honneur des règles. Eric n’a plus qu’à y apposer son burlesque excellant encore une fois à provoquer le malaise ou l’irrésistible incompréhension entre les personnages grâce à une impressionnante réactivité comique faisant rebondir entre eux les hiatus, les balbutiements et les novlangues, trahissant les hypocrisies et les secrets honteux de chacun. Le tout se développe moins dans une intrigue que dans une série de saynètes (d’où la multiplication de courts teasers pour la promo du film) donnant à Problemos une vivacité confinant à la joyeuse anarchie.

126358
Les zadistes de Problemos effrayés par la médiocrité de la comédie française et babylonienne.

Quoi de plus logique pour faire voler en éclats l’apparente utopie des zadistes de Problemos (écho au mouvement espagnol Podemos). Parce que vous vous doutez bien que dès que le film devient apocalyptique, la société reprend ses droits, le chamane devenant SDF, la victime de burn-out retournant à ses habitudes consuméristes, etc. Forcément, quand il n’y a plus de société ennemie ou de Babylone à combattre, la ZAD explose et retrouve à la fois un état primitif et une hiérarchie sociale contre lesquels elle n’était pas aussi bien armée qu’elle le pensait. Tout aussi acerbe quand il arrive à cette apocalypse ridicule, Eric Judor reste toutefois plutôt bienveillant tout au long de Problemos, gardant sur sa tribu un regard décalé plutôt que surplombant. Préférant rester un bouffon (sans être péjoratif, bien sûr) plutôt que de devenir donneur de leçon, Eric Judor a ainsi signé un film aussi hilarant que libre et sauvage, volant bien au-dessus de la mêlée réac de la comédie française plus populiste que populaire, plus individualiste que fédératrice. Ce n’est évidemment pas la moindre des qualités de Problemos, rafraîchissant à tout point de vue et qui, à défaut d’adhérer à l’alternative de ses personnages, en offre ironiquement une belle d’alternative dans les salles françaises.

BASTIEN MARIE


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s