L’Autre côté de l’espoir

mv5bymyyyzgxndmtodvjmc00mja1lthizgutnjy0zdfjotjlnzuyxkeyxkfqcgdeqxvymdi2ndg0nq-_v1_sy1000_cr007361000_al_Toivon tuolla puolen Comédie dramatique finlandaise (2017) d’Aki Kaurismäki, avec Sakari Kuosmanen et Sherwan Haji – 1h30

A Helsinki, Wikström, ancien VRP devenu restaurateur, rencontre Khaled, un immigré syrien clandestin à la recherche de sa sœur qu’il a perdue lors de son périple en Europe, et il l’engage dans son restaurant… 

Après la sortie de L’Autre côté de l’espoir, primé de l’Ours d’argent du meilleur réalisateur au dernier festival de Berlin, Aki Kaurismäki a annoncé sa retraite. Ce qui nous laisse perplexe puisque avant la sortie du film, il était annoncé comme le deuxième volet d’une trilogie sur les migrants, entamée avec Le Havre. Il ne nous reste plus qu’à espérer que Kaurismäki change d’avis une nouvelle fois car L’Autre côté de l’espoir est une nouvelle réussite de son auteur dont l’esthétique singulière nous manquerait s’il venait à interrompre sa carrière.

C’est donc la seconde fois que Kaurismäki pose son regard humaniste sur les migrants, faisant de l’aventure de Khaled à Helsinki un conte à la fois drôle et terrifiant, tendre et sec. Pour harmoniser les pôles du film, il y a l’esthétique immuable et essentielle du cinéaste semblant sortir d’un film noir (littéralement quand il nous invite à une table de poker) mais dont la rigidité des plans fixes n’empêche nullement de nous surprendre. A travers ce cadre parfaitement travaillé par le chef opérateur Timo Salminen, toutes les problématiques de l’immigration y passent : l’absurdité des services gouvernementaux, l’entraide et la souffrance sourde des migrants, l’hostilité des extrémistes locaux, la générosité simple et essentielle de quelques autres, etc. L’Autre côté de l’espoir embrasse ainsi le spectateur avec autant de poigne que d’empathie, le film pouvant aussi bien faire surgir l’émotion que l’effroi.

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Khaled (Sherwan Haji) est bien placé pour savoir que de l’autre côté de l’espoir aussi, ça sent le souffre.

Dans sa seconde partie se déroulant essentiellement dans le restaurant de Wikström, L’Autre côté de l’espoir semble toutefois souligner ces effets de balancement et faire durer le métrage sur un comique plus systématique. Mais Kaurismäki mène parfaitement sa barque jusqu’au bout, laissant au spectateur un film très beau et doux amer jusque dans ses ultimes plans. Et nous laissant aussi sur cette interrogation : pourquoi, avec son titre, ce film veut-il se placer à un autre endroit que là où réside l’espoir ? Parce qu’enfin, je ne crois pas avoir vu d’autres auteurs s’emparer si joliment du thème si tragiquement contemporain de la migration pour en donner à la fois une description précise et implacable et une issue humaniste et généreuse. Après L’Autre côté de l’espoir, il reste donc celui de voir Kaurismäki repasser derrière la caméra pour tourner un autre éloge aussi humble et fort de l’hospitalité.

BASTIEN MARIE


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