French Cancan

21060153_20131122110947092Comédie musicale française (1955) de Jean Renoir, avec Jean Gabin, Françoise Arnoul et Maria Felix – 1h42

A Paris en 1900, Henri Danglard, propriétaire de cabaret à Montmartre, remet à la mode le French Cancan et ouvre pour l’occasion le Moulin Rouge…

Après son exil américain brillamment achevé avec le film The River, Jean Renoir revient tourner en France avec French Cancan. Pour l’occasion, il renoue avec Jean Gabin, sa star de La Grande Illusion et La Bête humaine, l’acteur lui en voulant toutefois d’avoir pris la nationalité américaine. Une rancœur qui s’envole bien vite au profit de la joie des retrouvailles avec un Renoir qui tourne en fait son dernier grand film, puisqu’il se retrouvera ensuite dans la position inconfortable d’un auteur dont on redécouvre largement les chefs-d’oeuvre passés mais dont les nouvelles mises en scène n’attisent plus grand intérêt.

Pour autant, il n’y a guère de place pour l’amertume dans French Cancan. Le film a tout d’un retour triomphal et enthousiaste, jusque dans l’ironie de l’anglicisme du titre, pour un Renoir qui retrouve, avec un bonheur évident, le Montmartre de son enfance et de son père Auguste. Forcément, le cinéaste fait d’une pierre deux coups en en profitant pour rendre hommage aux impressionnistes dans un flamboyant Technicolor, l’objectif de la caméra du fils imitant la pointe du pinceau du père pour laisser percer et danser les couleurs. Cette filiation artistique pourrait faire passer French Cancan pour du cinéma de papa mais sans aucune poussière : en bon patron enjoué du cinéma français, Jean Gabin amène la fête dans un Montmartre moins bohème que survolté et frénétique. Le personnage de Gabin éprouvera tout de même des difficultés à dresser le Moulin Rouge mais Renoir ne veut pas y voir une mise en abyme de l’industrialisation frustrante du travail de cinéaste (qui l’a pourtant dégoûté à Hollywood) ; cela reste une série d’aventures rocambolesques pour un réalisateur qui n’aimait rien plus que l’énergie et l’amusement des plateaux de cinéma.

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Nini (Françoise Arnoul) et ses copines montrent leurs belles guibolles : on comprend très bien le retour de Renoir en France.

French Cancan embarque donc son spectateur avec une vivacité intacte et presque sans drames. Les triangles amoureux font évidemment souffrir mais que très brièvement, comme envolés dans le tourbillon du spectacle ; le rôle de pygmalion  de Gabin n’est pas sans cruauté mais après tout, c’est le business. S’il y a un drame qui sous-tend French Cancan, ce serait plutôt celui de la fin d’une époque : bien qu’il ranime nostalgiquement un âge d’or du music-hall, Renoir le fait dans un film qui ressemble pour lui à un chant du cygne. Aucun de ses films suivants n’atteindront un niveau et une renommée égaux à celui-ci, à une époque où la jeune équipe des Cahiers du cinéma salue l’auteur de La Règle du jeu uniquement à la lumière de ses films passés. C’est ce qui amène peut-être Renoir à son final qu’il ne voudrait jamais terminer, un show dans lequel Nini virevolte au cœur d’un tourbillon qui entraîne ensemble tous les personnages du film, le spectacle se faisant le relais de la fraternité chère au cinéma de Renoir. French Cancan se conclue sur ce summum de couleurs, d’énergie et d’une carrière, le spectateur quittant le Moulin Rouge avant la fin du spectacle comme s’il devait continuer éternellement dans cette bulle de tendres souvenirs.

BASTIEN MARIE


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