Un jour dans la vie de Billy Lynn

179351Billy Lynn’s Long Halftime Walk. Drame américain (2016) d’Ang Lee, avec Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Kristen Stewart, Steve Martin, Chris Tucker, Tim Blake Nelson et Vin Diesel – 1h53

En 2004, après le buzz d’une vidéo le montrant secourir son sergent sur le front irakien, Billy Lynn est salué comme un héros aux Etats-Unis. Pour l’occasion, Billy et sa section ont droit à une glorieuse journée de permission durant laquelle ils seront sous les feux des projecteurs de la mi-temps du Superbowl…

En 2013, en agrippant son Oscar du meilleur réalisateur, si Ang Lee s’était douté qu’il embrassait la fin de sa carrière… Bon, je grossis peut-être le trait, mais il n’empêche qu’après cette très curieuse image du succès de L’Odyssée de Pi aux Oscars alors que toutes ses équipes d’effets spéciaux manifestaient aux portes de la cérémonie, Ang Lee redouble de malchance en se lançant dans le tournage d’Un jour dans la vie de Billy Lynn. Ce film de vétérans de guerre, Lee le tourne en 3D et en 120 images par seconde, innovations techniques soutenues par un gros casting. Des airs de superproduction Sony, épaulé par des fonds chinois, mais qui se ramasse lamentablement à sa sortie. Défendu par personne ou presque, ni les exploitants qui ne peuvent upgrader leurs équipements, ni la critique très mitigée qui reproche à Lee de ne pas être James Cameron, ni le public qui ne daigne offrir qu’un petit million de dollars de recettes, Billy Lynn’s Long Halftime Walk passe complètement à la trappe et lègue la fatalité de son titre original à Ang Lee qui vient de traverser une épreuve dont beaucoup de cinéastes ne se relèveraient pas.

mv5bmjewotg5njk5nv5bml5banbnxkftztgwntg1mzq1mdi-_v1_sx1500_cr001500999_al_
Billy Lynn (Joe Alwyn) devant la bannière ampoulée du Superbowl.

Pourtant, Un jour dans la vie de Billy Lynn est un très bon film, sans aucun doute le meilleur de son auteur. Le film de retour de guerre est pourtant un thème très récurrent du cinéma américain, de Voyage au bout de l’enfer à Rambo, en passant par Né un quatre juilletAmerican Sniper ou Mémoires de nos pères : une pelletée de très bons films au niveau desquels Ang Lee se hisse aisément avec sa peinture grotesque de l’Amérique. Car ce que son film propose en plus est cette effarante obscénité de la société américaine qui n’oublie pas ses soldats mais les met en scène dans une prétendue élégie de leur héroïsme qui est, bien entendu, d’autant plus à côté de la plaque. Sa vision très sévère de la propagande ricaine (un mot que le film veut clairement réintroduire dans notre vocabulaire), Lee nous fait croire qu’il la transmet avec légèreté (les contre emplois de Chris Tucker et Steve Martin en attestent) mais au détour d’un dialogue acéré (la tirade que Garrett Hedlund envoie à l’exploitant de pétrole) ou d’une mise en scène savamment sensitive (la pyrotechnie du Superbowl qui nous fait effroyablement ressentir le trauma des soldats) nous pétrifie soudain face à l’immense fossé qui sépare l’Americana des héros qu’elle veut créer. La parodie à l’oeuvre dans Billy Lynn nous glace le sang, presque autant que l’élection de Trump, et l’impact entre la vraisemblance de cette histoire et la cruelle absurdité de son déroulement est explosif.

Et encore, je n’ai vu qu’une version au rabais du film, en 2D et 24 images par seconde. Dans son format d’origine, quelle claque ce film doit être ! Dans sa version bêta, il a déjà une esthétique surprenante mais dans des conditions optimales, le brûlot d’Ang Lee doit vraiment faire feu de tout bois ! L’attachement aux soldats, la monstruosité du personnage de Steve Martin semblant dévorer l’écran, la perméabilité et la ressemblance des événements passés et présents, la fluidité des mouvements de caméra, la précision des plans fixes, le scintillement des flashs et des artifices du show confinant à l’abstraction, même le bon jeu d’acteur de Vin Diesel : tout ça doit être encore exacerbé dans le format d’origine, devant faire d’Un jour dans la vie de Billy Lynn une expérience cinématographique inouïe dont on a été tristement privé. En l’état, le film d’Ang Lee est déjà une réussite mais avec un peu de patience, en espérant qu’Avatar 2 mette les pendules à l’heure, Un jour dans la vie de Billy Lynn sera à marquer d’une pierre blanche dans l’Histoire du cinéma.

BASTIEN MARIE


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s