Chez nous

341939.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxDrame franco-belge de Lucas Belvaux avec Émilie Dequenne, André Dussolier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob – 1h58

Henard, ville du nord, Pauline est infirmière à domicile et élève seule ses deux enfants. Alors qu’elle est confrontée quotidiennement à la misère locale, elle est approchée par Philippe Berthier, collègue médecin et membre actif du Bloc patriotique. Ce parti d’extrême droite en pleine ascension, notamment dans cette région sinistrée, voit en Pauline la candidate idéale, jeune, positive et volontaire, pour être sa tête de liste aux municipales.

Avec Chez nous, le réalisateur belge Lucas Belvaux s’attaque au sujet brûlant de la montée du Front National, qui ne manque pas de s’inviter dans les JTs,  de monopoliser une large partie du débat politique mais qui reste souvent périphérique, quand il n’est pas juste absent, dans la fiction française. On peut donc saluer la démarche de Belvaux, d’autant que celle-ci tient plus de la tentative d’explication que du pamphlet virulent. N’en déplaise à notre ancien premier ministre Manu le pas très malin, on peut chercher à comprendre sans pour autant excuser et le réalisateur se garde bien de juger ses personnages tout en dénonçant bel et bien les dérives d’un tel parti.

Chez nous s’attaque au Front sur deux points principaux : la violence et le passé, symbolisés dès les premières images par ces obus retrouvés régulièrement par un agriculteur local. Ainsi, le film décrit un parti de la haine, une haine désormais cachée mais qui, en plus de se hisser sur celle de ses militants, se nourrit également de celle exercée à son encontre. Au delà de la dédiabolisation à l’oeuvre durant les dix dernières années, c’est bien le passé qui est ici mis en lumière par un Belvaux n’hésitant pas à sortir les cadavres du placard. Le personnage de Stanko, néo nazi qui n’a pas rendu les armes autant qu’il le prétend, révèle un visage controversé mais pourtant très concret du Front National, prêt à passer aux actions les plus dures pour défendre son idéologie raciste. On peut regretter que le film ne soit pas plus percutant dans quelques scènes où une violence plus crue aurait été largement légitimée par le sujet.

chez_nous3
« Sympa ton tatouage ! C’est pour ton équipe de foot ou ton club de paintball ?… »

Le style sans fioriture de Belvaux, tel un Simenon du cinéma, lui permet d’éviter le sensationnalisme, même si, passé la présentation d’Henard en quelques plans très composés, la sobriété visuelle du film peut aussi ennuyer. Le cinéaste belge se rattrape notamment grâce à son casting de choix qui joue habilement des emplois de ses différents acteurs, de Emilie Dequenne, la Rosetta des Dardenne, à Anne Marivin, une ch’ti bien moins accueillante que chez Dany Boon, en passant bien entendu par André Dussolier, dont la sympathie naturelle cache ici une facette bien plus sombre. Traitée de « pot à tabac » par Steeve Briois (le vrai maire tellement classe de Hénin-Beaumont), Catherine Jacob campe, via le personnage d’Agnès Dorgelle, une Marine Le Pen froide et calculatrice mais aussi bête de meeting face à une foule chauffée à bloc. Mais le portrait de la leadeuse d’extrême droite reste relativement anecdotique, celle-ci n’étant montrée que dans l’exercice de ses fonctions, au sein de ce film qui préfère donc s’intéresser à la base de l’électorat frontiste. Après, si le conflit familial qui oppose Pauline à son père peut faire écho aux luttes qui animent la famille Le Pen, nul doute que le trouble idéologique est autrement plus maîtrisé à la tête du Parti que chez ses militants de base, plus que jamais chair à canon d’un dangereux jeu médiatico-politique.

Lucas Belvaux évite soigneusement la caricature et, plutôt que de perdre son temps à prêcher des convertis, choisit de livrer, avec cette fiction documentée, plusieurs clefs pour comprendre comment le Front National parvient ainsi à séduire en dissimulant son passé et la violence qui continue pourtant de l’animer. Chez nous, c’est quand même plus utile qu’un vote Macron !

CLEMENT MARIE


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s