Loving

043376Drame américain (2016) de Jeff Nichols, avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas, Nick Kroll et Michael Shannon – 2h03

A la fin des années 1950, Richard et Mildred Loving se marient à Washington. Sauf que lui étant blanc et elle noire, leur union et leurs enfants sont illégaux dans leur état natal de Virginie dont ils doivent s’exiler sous peine d’une incarcération de 25 ans. Alors que les marches pour les droits civiques gagnent Washington, Mildred contacte Robert Kennedy qui leur envoie un avocat bien décidé à défendre leurs droits jusqu’à la Cour suprême…

Bien qu’originaire du sud des Etats-Unis, Jeff Nichols n’avait jamais entendu parler de l’histoire des Loving avant 2012, quand l’équipe du documentaire The Loving Story (2011) lui propose d’en livrer une fiction sur les conseils de Martin Scorsese. Nichols commence l’écriture du scénario juste après la présentation cannoise de Mud puis profite du retardement de la sortie de Midnight Special par la Warner pour tourner Loving à toute vitesse : quarante jours de tournage minutieusement préparés par Nichols qui ont abouti à un montage tout aussi rapide avec une seule scène coupée ! Une production courte et instinctive qui a donc permis la présentation cannoise de Loving quelques mois seulement après celle, berlinoise, de Midnight Special.

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Richard (Joel Edgerton) et Mildred Loving (Ruth Negga) aux premiers jours encore paisibles de leur amour.

Loving n’est pas le film le plus abouti de Jeff Nichols, mais il reste aussi bouleversant que ses œuvres précédentes. L’auteur tourne ce film dans un style très classique, mais avec une conviction qu’on ne trouve plus que chez Eastwood (Sully) et James Gray (The Lost City of Z), laissant l’émotion se transmettre principalement par les interprétations fantastiques de ses acteurs Joel Edgerton et Ruth Negga. Elle seule fut nommée à l’Oscar, alors que les deux auraient pu aisément prétendre à la statuette dans une année plus calme. Attention toutefois, il ne faudrait pas confondre le très précis classicisme de Loving avec la quelconque convention de n’importe quel autre film de diversité adoubé par Hollywood. Tout à fait conscient de la force de son histoire, qu’aucun scénariste n’aurait osé rêver, et de sa raisonance contemporaine, Nichols ne noie pas son propos dans un esthétisme clinquant, dragueur et vain (oui, c’est toi que je regarde, Moonlight), mais préfère laisser éclore l’émotion dans un film plus rigoureux que didactique. Par exemple, il faut voir comment la ségrégation de l’époque est exposée avec une épure gratifiante quand on pense à tous ceux qui nous l’auraient martelée.

En réalité, si Loving touche autant, c’est qu’il est parfaitement à l’image de ses anti-héros ; anti non parce qu’ils n’ont pas fait avancé la législation de leur pays, mais parce qu’ils l’ont fait en n’ayant que la certitude intime du bien fondé de leurs droits. En s’ancrant plus que jamais au point de vue de ses personnages (comme il a su auparavant s’attacher à des marginaux aux tendances paranoïaques), Nichols en vient naturellement à saluer la pudeur et la modestie du couple plutôt qu’à les ériger triomphalement en porte-étendard des droits civiques (dont on ne voit d’ailleurs les défilés qu’à la téloche). C’est cette subjectivité qui permet à Loving d’éviter pas mal de pièges et poncifs de biopic lourdingue (Nichols esquive ainsi judicieusement le film de procès) et surtout d’affirmer son classicisme décidément salutaire avec la même évidence que l’amour que se portent si bien, jusqu’à leur nom, les Loving.

BASTIEN MARIE


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