Le Secret de la chambre noire

249766Film fantastique franco-japonais (2016) de Kiyoshi Kurosawa, avec Tahar Rahim, Olivier Gourmet, Constance Rousseau, Malik Zidi et Mathieu Amalric – 2h11

Dans une vieille maison de la banlieue parisienne, Jean est engagé comme assistant de Stéphane, un photographe qui travaille avec un daguerréotype, un antique et gigantesque appareil photo qui saisit des portraits grandeur nature sur une plaque d’argent, mais au prix de très longs temps de pause de plus d’une heure. Après le décès de l’épouse de Stéphane, c’est sa fille Marie qui doit subir les séances comme modèle. Ayant vent d’un projet immobilier qui rachèterait à très bon prix la demeure du photographe, Jean complote avec Marie, dont il est tombé amoureux, pour faire aboutir la vente…

Maître du kaidan eiga (cinéma de fantômes japonais), Kiyoshi Kurosawa (aucun lien de parenté avec Akira, sinon le génie cinématographique) découvre le daguerréotype lors d’une exposition consacrée à l’appareil à Londres. Aussitôt fasciné, Kurosawa s’en inspire pour écrire un nouveau scénario de fantômes qu’il range dans un coin. Il le ressort de son placard une quinzaine d’années plus tard quand se présente l’occasion de tourner un film en France, un vieux rêve du cinéaste (alors que nous, on rêverait plutôt d’envoyer une pelletée de nos réalisateurs nationaux tourner ailleurs, mais bon…). Avec son casting prestigieux dans lequel il invite Constance Rousseau qu’il a découvert dans un court-métrage, Kurosawa tourne paisiblement La Femme de la plaque argentique dans de vieilles maisons de banlieue. Deux ans et un nouveau titre moins inspiré plus tard, Le Secret de la chambre noire arrive enfin dans nos salles.

526928
Marie (Constance Rousseau) et Jean (Tahar Rahim) ont une relation de travail beaucoup plus intéressante que l’autre pouffiasse et son Grey.

Honnêtement, il faut reconnaître que la greffe du cinéma de Kiyoshi Kurosawa avec le cinéma français n’est pas toujours convaincante. Dirigé à la japonaise, le casting est inégal : Tahar Rahim s’en sort comme toujours très bien, et le jeu de Constance Rousseau est cohérent avec la nature de son personnage, mais les autres… Le scénario aussi aurait gagné à être plus ciselé, surtout quand vient s’incruster une lourde intrigue immobilière : ce qui ne devrait être qu’une motivation douteuse de Jean prend malheureusement toute la place, reléguant le daguerréotype qui était pourtant la solide fondation du Secret de la chambre noire. Cependant, à la manière du long temps de pose imposé par l’imposant appareil, Le Secret de la chambre noire prend le temps de dévoiler son aura à celui qui saura aller au-delà des scories frenchys.

Malgré ses dommageables aspects de cinéma notarial (la question serait de savoir si Kurosawa perçoit notre cinéma ainsi ou si on lui a présenté un bail avec le budget), Le Secret de la chambre noire nous donne tout de même une jolie démonstration du style du cinéaste. Tributaire des récits du théâtre et du cinéma kabuki (le destin de Jean est très semblable à celui des personnages d’Histoire de fantôme japonais, avec en plus une sensibilité aux esprits relative à la culpabilité des persos), le film offre son lot de belles apparitions et manifestations fantômatiques, encore embellies par le rapport au daguerréotype tentant de capturer l’âme du modèle sur la plaque argentique. Un fantastique toujours plus convaincant que celui de Personal Shopper et qui ne surgit pas par les effets spéciaux mais par la cinématographie pure (ralenti, focale, le cadre réglé au quart de cheveu) ; quoi de plus logique et appréciable quand les spectres deviennent si photogéniques. L’essentiel reste donc que ce qui nous hante le plus dans la chambre noire est la fascination de Kurosawa pour la photographie, sujet intarissable pour les cinéphiles qui ne s’arrêtent pas à une signature en bas de page.

BASTIEN MARIE


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s