Du silence et des ombres

mv5bntk1zmi2mtatmge2yi00ywnklwjizjatywzlngywmgu1mdflxkeyxkfqcgdeqxvyntizotk5odm-_v1_sy1000_cr006541000_al_To Kill a Mockingbird. Drame américain (1962) de Robert Mulligan, avec Gregory Peck, Phillip Alford, Mary Badham, James Anderson et Robert Duvall – 2h09

Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un homme noir accusé de viol…

Chez Super Marie Blog, on a forcément un attachement particulier à Robert Mulligan puisque c’est sur la bafouille d’un de ses chefs-d’oeuvre, L’Autre, que le blog s’est ouvert. Aussi, quel plaisir de découvrir sur grand écran Du silence et des ombres (dont je préfère le titre original To Kill a Mockingbird), son film le plus connu et reconnu de la filmographie d’un auteur trop discret. Ce film est encore produit par son comparse Alan J. Pakula (qu’il contaminera du goût pour la mise en scène), adaptaté du roman à succès et vainqueur du Pulitzer de Harper Lee (qui en sortira la suite, Go Set a Watchman, en 2015 avant de disparaître l’année suivante) et vaudra à son acteur Gregory Peck l’unique Oscar de sa carrière. Autant dire que To Kill a Mockingbird a tout du classique humaniste dont le propos anti-racisme, contemporain des manifestations pour les droits civiques des afro-américains, vibre encore aujourd’hui par sa force et sa modestie.

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Atticus (G. Peck) doit expliquer le racisme à ses enfants Jem (P. Alford) et Scout (M. Badham), ce qui est plus commode dans un film en noir et blanc.

Dès le premier plan (un ample panoramique sur un bourg qui ne paie pas de mine), le style de Robert Mulligan saute aux yeux : comment ce cinéaste originaire de New York est-il devenu un tel maître du Southern Gothic ?! La voix off, sans doute héritée de la plume de Harper Lee (et qui s’avère malheureusement un peu superficielle tant la mise en scène de Mulligan est limpide), évoque la nostalgie de l’enfance : c’est l’autre terrain de prédilection de Mulligan. Le beau générique, montrant les trésors précieusement conservés par Jem dans une petite boîte (comme L’Autre), annonce bien que To Kill a Mockingbird sera raconté par les enfants. Effectivement, le film commence sur une très juste chronique enfantine avec ses jeux et ses motifs familiers (les petits trésors donc, mais aussi le cap ou pas cap, l’amitié du temps d’un été, l’impatience du premier jour d’école, etc). Dans ce micro univers dans lequel le spectateur se sent tout de suite à son aise, le père n’aurait presque pas sa place, surtout si on l’appelle par son prénom. Et pourtant lui aussi, campé par un Gregory Peck dans toute sa quintessence (un cœur d’or dans une figure droite et autoritaire), va apporter son regard sur le monde complexe qu’il explique patiemment à ses enfants.

Bon, impossible de parler de To Kill a Mockingbird sans évoquer son propos humaniste (le film fut même nommé au Golden Globe du meilleur film prônant la compréhension internationale !), qu’il est bon de revoir juste après que les Oscars furent taxés de racisme. Dans son noir et blanc de circonstance, To Kill a Mockingbird est évidemment un film anti-racisme (pas besoin d’en savoir beaucoup sur l’affaire pour comprendre que l’accusé est surtout coupable d’être noir), mais la discrétion de Mulligan ne concerne pas que la relative confidentialité de sa carrière, mais aussi la grande mesure de sa mise en scène. Ainsi, si le parcours d’Atticus est aussi fait d’héroïsme, Mulligan le fait briller sans plus d’éclat que nécessaire. Par exemple, cette séquence où le public noir reste levé quand Atticus quitte le tribunal : elle est bouleversante évidemment mais, alors qu’on se demande si l’avocat a remarqué la touchante intention, elle reste aussi lucide. Observateur très proche de ses personnages, Mulligan capte le climat haineux et effroyable de l’Alabama de l’époque mais sans le surplomber. Regardant le racisme à hauteur d’enfants – ce qui a le don de le rendre encore plus absurde – Mulligan confère à To Kill a Mockingbird une universalité encore juste et intacte aujourd’hui, me laissant interrogatif sur les films de la diversité actuels applaudis aux Oscars comme Moonlight ou Les Figures de l’ombre : sont-ils faits avec le même souci d’éternité ?

BASTIEN MARIE


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