Swagger

074439Documentaire français (2016) d’Olivier Babinet – 1h24

Au collège d’Aulnay-sous-Bois en Seine Saint Denis, une dizaine d’élèves, tous d’origine étrangère, donne leur point de vue sur leur cité et leur quotidien…

Premier long-métrage d’Olivier Babinet, Swagger a commencé son cheminement avec un court du réalisateur, C’est plutôt genre Johnny Walker (2008), déjà tourné en Seine Saint Denis. Le cinéaste a accompagné son court dans des établissements scolaires du département puis a été sollicité par la région à y animer des ateliers régulièrement. C’est ainsi que Babinet s’est installé dans ce collège d’Aulnay-sous-Bois où, à force de petits happenings et de fréquenter les élèves, il a fini par tourner un clip sur un morceau du groupe Tomorrow’s World. Une expérience d’où a germé l’idée de Swagger pour lequel les élèves ont été invités (avec autorisation parentale, bien sûr) à s’exprimer librement et à tourner des scénettes dans et en-dehors des murs du collège.

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Paul se fait un remake des Parapluies de Cherbourg à Aulnay.

Il en sort un documentaire rafraîchissant, à la fois dans sa forme et sur son sujet – l’inverse de Merci patron ! qui a pourtant remporté le César à sa place. Swagger a donc bien le swag et séduit dès son premier plan, une vue aérienne flottant au-dessus d’Aulnay la nuit avec les lumières de la capitale et de sa tour Eiffel si proche et si loin. D’emblée, Swagger impose une cinégénie à la banlieue et la fait vivre par les questionnements des enfants en off ; c’est pas de refus pour un territoire qui habituellement, au cinéma et dans les médias, n’a droit qu’à des images sèches et brutes animées par des dealers. Ces derniers ont aussi droit de cité dans le film de Babinet, mais ils n’échappent pas à la vision élaborée et anti-anxiogène du cinéaste. Dynamique, coloré, léger, Swagger le restera jusqu’au bout, apportant un regard neuf et vivace sur les cités auquel contribuent la musique de Jean-Benoît Dunkel des groupes Air et Tomorrow’s World, aussi belle qu’à son habitude, et la photo du finlandais Timo Salminen dont l’œil n’est pas contaminé par les images « nationales ».

Et les élèves auxquels Babinet laisse la parole lui emboîtent aussi formidablement le pas. Ils ont une parole touchante et, bien que certains se montrent mal à l’aise ou précautionneux avec le procédé, très libre également. L’équipe du film n’intervient d’aucune manière dans les entretiens et Babinet multiplie les contrechamps imaginaires, créant une écoute attentive ou amusée, et une communauté dans laquelle aucune identité ne s’efface. Le montage assemble les entretiens sur divers sujets, attendus (la religion, la nationalité, la criminalité) ou non (Les Feux de l’amour ?!), sur lesquels les élèves apportent des témoignages très matures et jamais fatalistes. Ces jeunes participent ensuite aux scénettes fictives avec un enthousiasme évident et communicatif. Cet enthousiasme, lié à l’optimisme global qu’ils expriment, fonctionne à plein régime dans le portrait que Babinet tire de la banlieue : à l’endroit même où on nous parle d’hostilité, de danger et de communautarisme, Swagger nous montre un terreau de créativité, de camaraderie et d’énergie juvénile.

BASTIEN MARIE


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