Gimme Danger

514610Documentaire américain (2016) de Jim Jarmush – 1h48

Jim Jarmush nous raconte l’histoire des Stooges, le groupe de rock d’Iggy Pop originaire d’Ann Harbor, Michigan. Il ne leur aura fallu que quelques années d’existence chaotique et trois albums pour marquer l’histoire du rock…

Parallèlement à son magnifique Paterson, Jim Jarmush présentait au dernier festival de Cannes hors compétition son documentaire sur les Stooges, Gimme Danger. Un film que lui a demandé de faire Iggy Pop, son vieux pote qu’il avait fait jouer occasionnellement dans ses films (Dead ManCoffee and Cigarettes) et qu’on voyait affiché sur le mur du bar de Paterson comme la personnalité la plus sexy de 1970. Une requête qui fait suite au sacre des Stooges au Rock and Roll Hall of Fame en 2010. Le tournage, étalé sur plusieurs années, a permis à Jarmush de récolter des entretiens avec les membres du groupe depuis disparus, à qui il leur dédie naturellement ce film revenant sur leur brève mais formidable odyssée.

The Stooges In the Studio
Les turbulents Stooges restent calmes le temps d’une photo dans leur studio de Los Angeles.

Sur la forme, Gimme Danger est un documentaire classique : une suite d’entretiens suivent la chronologie des événements, entrecoupés d’images et d’animations filant le propos des intervenants. Jim Jarmush y inclut des extraits de concerts malheureusement trop courts (manque d’archives sans doute) pour apprécier les ahurissantes performances scéniques d’Iggy Pop, imitant les danses précoïtales des singes ! Pour autant, Gimme Danger file à toute vitesse (on a du mal à croire que le film dure près d’1h50), emportant le spectateur avec l’énergie folle du groupe. Aussi parce que Gimme Danger ressemble plus à un film de potes qu’à une stricte biographie. Par conséquent, si on remarque un manque de recul de la part de Jarmush (il considère d’emblée les Stooges comme le meilleur groupe de rock de tous les temps, point), on lui sait aussi gré de ne pas alourdir le film de tristesse (quand bien même Iggy est le seul survivant du groupe !), de tirer le meilleur de ses intervenants grâce à l’évidente proximité qu’il entretient avec eux (comme cette tendresse avec laquelle Iggy se souvient de son enfance passée dans la caravane familiale) et globalement de se souvenir des Stooges comme une pure éclate de jeunesse.

Après tout, n’est-ce pas la meilleure manière de se souvenir de l’odyssée du groupe, restant quasiment amateur tout du long de son parcours (même si Raw Power est un ultime album de haut niveau) ? N’est-ce pas tout le charme des Stooges de n’avoir existé que le temps de garder une insolente candeur, en bricolant quelques albums dont on ne prendra conscience de la portée que quelques années plus tard ? Ce n’est pas un hasard si le premier carton du film nous fait une liste des sévères critiques que le groupe essuyait en 1973 (on les prenait pour des amateurs incapables), puisque Jarmush passe ensuite son temps, pas tant à contredire ces critiques, mais plutôt à les affirmer pour mieux rendre hommage à l’énergie brute et provocante de la bande à Iggy, des ados attardés sachant juste assez gratter, taper et brailler pour frapper le rock de leur sceau. Comme ce coup fracassant d’une presse de l’usine automobile qui fascinait tant le jeune Iggy, le son des Stooges raisonne encore bruyamment de nos jours, comme nous le montre modestement Gimme Danger.

BASTIEN MARIE


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