Grave

538324Film d’horreur franco-belge (2016) de Julia Ducournau, avec Garence Marillier, Ella Rumpf, Rabat Naït Oufella, Joana Preiss et Laurent Lucas – 1h38

Végétarienne, Justine s’apprête à faire sa rentrée à l’école de vétérinaires où ont aussi étudié ses parents et sa sœur. Durant le bizutage des nouveaux arrivants, elle est forcée à manger de la viande crue, une expérience qui lui révèle sa véritable nature…

Fan de cinéma d’horreur option Cronenberg, la cinéaste parisienne Julia Ducournau a commencé, après ses études à la Femis option scénario, avec le court-métrage Junior (2011) puis un téléfilm pour Canal +, Mange (2012), ayant aussi donné un coup de main au script de l’excellent Ni le ciel, ni la terre (2015). Grave est son premier long-métrage de cinéma produit entre la Belgique et la France sous la bannière de Wild Bunch, avec Garence Marillier (que Ducournau avait rencontrée sur Junior) et Laurent Lucas, fidèle du cinéma d’horreur francophone. Après sa présentation remarquée à la Semaine de la critique à Cannes, Grave a ensuite fait une grandiose tournée des festivals internationaux, de Toronto à Sundance, où se sont accumulés les prix et les évanouissements en salles. Un buzz amplement mérité qui, espérons-le, augure du meilleur pour sa sortie française le 15 mars.

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Justine (Garence Marillier) a un petit creux pour la viande crue.

Le buzz est mérité donc, puisque Grave est une grande réussite qui fait un bien fou dans le cinéma d’horreur français (même s’il est aussi belge, mais nos voisins européens ont déjà Fabrice du Welz pour casser la baraque à frites). Là où la production de genre hexagonale ne nous avait offert que des films harnachés à des modèles indépassables et plombés par un premier degré et une volonté de choquer agaçants, Grave se montre beaucoup plus libre et surprenant. La meilleure idée de Julia Ducournau est justement de ne pas vouloir s’en tenir qu’à un seul genre, et Grave étonne sans cesse dans sa vivacité à passer d’un registre à l’autre, de l’horreur à la comédie, du teenage movie au drame familial. La meilleure preuve est cette séquence déjà fameuse du doigt, moment décisif dans l’évolution de l’héroïne : d’un pur moment de comédie adolescente, la séquence braque aussitôt sur l’une de ses plus graphiques images d’horreur, le tout au son aussi puissant qu’insolite d’un orgue (la BO de Jim Williams est excellente d’ailleurs). C’est avec cette incroyable frénésie que Ducournau superpose les humeurs dans un film qui, s’il compte bien – et y parvient – provoquer des réactions épidermiques à son spectateur, refuse pour ce faire d’être que grossièrement glauque. Au contraire, très humain plutôt, y compris dans la monstruosité.

La façon qu’a Julia Ducournau de continuellement déjouer les attentes, et drôlement bien dès un premier film, est en plus complètement à l’image de son héroïne, luttant contre toute sorte de déterminisme, parfois à son corps défendant, pour trouver sa propre voie dans ce récit initiatique maîtrisé. Pour son premier rôle sur grand écran, Garence Marillier est époustouflante pour conserver sa fragilité malgré l’engagement très physique de son rôle ; une parfaite héritière de la Sissy Spacek de Carrie en somme. Les seconds rôles, aussi bien nourris, sont également excellents. La conviction du casting fait naturellement beaucoup dans le charme si particulier de Grave, à la fois sexy et clinique, vif et morbide, drôle et bouleversant. Avec un tel éclectisme, porté en plus par une mise en scène rigoureuse, on attend déjà impatiemment les prochains travaux de Ducournau, même si, vous l’aurez compris, Grave a déjà tout pour nous rassasier.

BASTIEN MARIE


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