Don’t Breathe – la maison des ténèbres

mv5bmtg5oda3mdkymf5bml5banbnxkftztgwmju5mzczote-_v1_sy1000_cr006741000_al_Don’t Breathe. Thriller américain (2016) de Fede Alvarez, avec Jane Levy, Dylan Minnette, Daniel Zovatto et Stephen Lang – 1h28

A Detroit, Rocky, Alex et Money cambriolent des maisons pour amasser un pactole qui pourrait leur offrir une nouvelle vie. Ils entendent parler d’une maison dans un quartier désert occupée par un vétéran de la guerre du Golfe aveugle qui y conserve l’importante indemnité touchée après la mort de sa fille. Ils se rendent donc à cet ultime coup, beaucoup plus dangereux que prévu…

Repéré par un court populaire sur Youtube, l’uruguayen Fede Alvarez s’est fait un nom avec son remake d’Evil Dead qui a divisé le public avec son gore outrancier et son premier degré. Ses producteurs Sam Raimi et Robert Tapert furent, eux, ravis puisqu’ils n’ont pas hésité à rallonger la thune pour le second film de leur poulain, Don’t Breathe (auquel Sony a ajouté le sous-titre « la maison des ténèbres » au cas où vous ne sauriez pas comprendre ou prononcer l’anglais). Pour ce nouvel effort, Alvarez retrouve son coscénariste Rodo Sayagues, et Jane Levy, l’héroïne d’Evil Dead. Il lui adjoint Stephen Lang (le marine balafré d’Avatar) pour le rôle du méchant bien flippant, et comme compagnons d’infortune Dylan Minnette (un nom d’acteur porno, mais une gueule d’éternel ado se traînant dans Chaire de poule, le film) et Daniel Zovatto, vu dans It FollowsDon’t Breathe n’emprunte d’ailleurs pas que l’acteur du film de David Robert Mitchell, mais aussi son décor désolé de Detroit, devenu un lieu incontournable de l’épouvante depuis que la faillite de l’industrie automobile l’ait transformée en ville fantôme.

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Même en mauvaise posture, Money (D. Zovatto) reste poli et aide l’aveugle (S. Lang) à bien viser.

Bien que Don’t Breathe fut tourné en Hongrie, le film ne souffre nullement de cette délocalisation et donne l’impression d’arpenter les rues désertes de Detroit. Et ce n’est pas la seule occasion de Fede Alvarez pour prouver son savoir-faire, puisque Don’t Breathe a absolument tout de la parfaite série B comme on espérait plus en voir depuis les 80’s. Inventif, intense, très bien écrit et mis en scène, offrant un rôle superbement flippant à une trogne de second plan hollywoodien : l’efficacité de Don’t Breathe est issue d’un autre temps, celui où les plateformes VOD étaient encore des étagères de vidéoclubs. Après l’énorme pression de devoir signer le remake d’un pilier de l’horreur, Alvarez trouve une meilleure opportunité d’exposer son talent avec ce film original bien troussé, n’ayant pas la prétention de durer plus d’1h30. En revanche, le cinéaste se montre ingénieux dans son rapport au genre, égayant le home invasion d’une inversion des rôles (ce sont bien les cambrioleurs les proies) qui fait beaucoup dans l’attraction du film.

La mise en scène se montre également assez brillante pour assurer le spectacle, reposant sur la méticuleuse description des lieux pour y happer le spectateur. Plan séquence à la De Palma, poursuite en vision infrarouge, remake de Cujo le temps d’une scène : Alvarez ne recule devant rien pour injecter de l’adrénaline à son métrage, et parvenir à rendre très sensible l’aveuglement de son boogeyman. Dans toute cette générosité, Don’t Breathe se permet même un petit propos social : la ville fantôme de Detroit y est habitée par des personnages essayant par tous les moyens de s’en sortir. Dans une ville désertée de toutes richesses, il ne reste plus que des persos avares, égoïstes et si ambigus qu’il n’est plus question de méchants ou de gentils. Alvarez et Sayagues les écrit assez bien pour que l’empathie passe des uns à l’autre dans cette quête désespérée de survie, physique et sociale. Au pays des aveugles, le pognon est aussi roi, donc ; un discours assez succinct pour ne pas empiéter sur le suspens, mais qui lui apporte ce petit supplément de rage bienvenu. Don’t Breathe se montre donc assez généreux et bien foutu à tous les niveaux pour largement combler votre samedi soir.

BASTIEN MARIE


2 réflexions sur “Don’t Breathe – la maison des ténèbres

  1. Bordayl, j’avais pas reconnu l’actrice du remake d’Evil Dead. Le blond lui va définitivement mieux au teint que ce pseudo look de gothique sorti du dictionnaire des clichés 2012…!
    Don’t Breathe remplit son contrat, en ce qui me concerne : j’ai eu deux trois sursauts et battements de coeur en trop et Stephen Lang est quand même sérieusement flippant en aveugle invincible… J’adore l’ambiance reconstituée de Detroit. Des photos et reportages que j’ai vues de la ville, il y a un sentiment surréel d’abandon (presque de lendemain de fin de monde) qui a l’air de s’en dégager et je l’ai retrouvé à moindre échelle dans le petit quartier où prend place le film. C’est poisseux, poussiéreux et silencieux.

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