Sanjuro

Tsubaki Sanjuro. Chanbara japonais (1962) d’Akira Kurosawa, avec Toshiro Mifune et Tatsuya Nakadai – 1h36

Un groupe de jeunes samouraïs veulent se plaindre de la corruption des autorités. N’étant pas écoutés par le chambellan, ils se tournent vers le lieutenant Kikui, sans savoir que ce dernier prépare un coup d’état. Heureusement, un mystérieux et nonchalant samouraï, se faisant appeler Sanjuro, vole à leur secours pour percer à jour les complots et sauver le chambellan…

Attention, cette bafouille contient du spoil.

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Sanjuro (Toshiro Mifune) en mauvaise posture, mais tant qu’il y a un sabre dans le coin, ça ne devrait pas durer longtemps.

Au départ, Sanjuro devait être une adaptation fidèle du roman Peaceful Days de Shugoro Yamamoto dans lequel deux shoguns aident une bande de samouraïs à déjouer des complots. Un film indépendant donc, pas forcément destiné à Akira Kurosawa d’ailleurs, mais plutôt à son assistant réalisateur Hiromichi Horikawa. Mais après le succès de Yojimbo (1961), la Toho presse Kurosawa d’en tourner une suite. Il revient donc à Peaceful Days, remplaçant les deux shoguns par son héros interprété par Toshiro Mifune. Et Tatsuya Nakadai rempile également, passant du gunfighter de Yojimbo à un nouveau méchant, le bras droit impitoyable de Kikui.

mv5bmtq2mzywnzuzmv5bml5banbnxkftztgwmdm3ntu3mze-_v1_Même s’il se sort évidemment très bien de cette suite forcée, Akira Kurosawa peine à donner autant d’intensité à Sanjuro qu’à son modèle, empêtré dans l’intrigue héritée du roman, moins retorse que la guerre des clans qui faisait rage dans Yojimbo. La preuve dès la séquence d’ouverture : Kurosawa filme très simplement le groupe de samouraïs inexpérimentés en multipliant les angles pour qu’aucun d’eux ne soit mis en avant. Puis la voix de Sanjuro se fait entendre de l’obscurité au fond du plan, Toshiro Mifune fait son entrée en dissimulant – à moins qu’il ne l’accentue – son charisme monstrueux derrière sa nonchalance, et Kurosawa veille avec chaque plan à dessiner son individualité et à en faire le leader naturel de cette bande de gosses. Notez que le récit de Sanjuro débute avant l’apparition du personnage (contrairement à Yojimbo, où Mifune restait maître de toute la narration), mais cela n’empêche pas de dynamiser considérablement l’intrigue dès que Sanjuro entre en scène, preuve de la qualité de ce héros.

Parce qu’encore une fois, ce qui fait tout le sel de Sanjuro est son héros cynique et rusé, influence de tant d’autres qui suivront (du cowboy sans nom joué par Clint Eastwood dans la trilogie des dollars évidemment, à pourquoi pas, Snake Plissken). Son pragmatisme tendant à la sagesse et ses improbables plans s’avérant parfaits sont toujours aussi redoutables dans une suite qui le rend toutefois plus immédiatement sympathique et moins vulnérable. De légères lacunes que Kurosawa compense toutefois par un humour burlesque bienvenu créé par l’immaturité des compagnons de Sanjuro ou la coquetterie des femmes qu’il sauve. Sanjuro est donc plus drôle mais pas forcément plus léger, les dernières séquences soumettant le héros à une crise existentielle : trouvant de la sympathie pour son ennemi, Sanjuro remet en doute son individualisme et questionne sa marginalité et son existence de « lame nue », se sortant de toutes les situations sans trouver sa place nulle part. C’est sur cette note amère que nous quitte Sanjuro, héros moderne et iconique que Kurosawa aura imposé en deux films incontournables, avant qu’il ne s’en aille affronter Zatoïchi (Zatoïchi contre Yojimbo de Kihachi Okamoto, 1970).

BASTIEN MARIE


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