La Grande Muraille

The Great Wall. Film d’action sino-américain (2016) de Zhang Yimou, avec Matt Damon, Tian Jing, Pedro Pascal, Willem Dafoe et Andy Lau – 1h43

En Chine pour voler de la poudre, le mercenaire William Garin et son comparse Pero Tovar sont emprisonnés dans la grande muraille qui, l’instant d’après, est attaquée par une horde de féroces créatures extraterrestres. Après s’être montré valeureux au combat, William est libéré et aide l’armée chinoise à empêcher les assaillants de franchir la muraille…

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William Garin (Matt Damon) se balade sur la grande muraille, regrettant d’avoir laissé l’appareil photo à la maison.

Vous n’aurez pas été sans remarquer que dans vos blockbusters américains préférés se sont glissés quelques chinoiseries. La cause en est la forte croissance du marché chinois que les studios aiment draguer. L’un d’eux, Legendary Pictures, après que leurs films Pacific Rim et Warcraft aient été sauvés par le marché oriental, a été racheté par les chinois. Et quoi de mieux pour fêter cette acquisition qu’un blockbuster mixte dans lequel une star telle que Matt Damon serait propulsé dans un contexte purement asiatique ? C’est la raison d’être de cette Grande Muraille dont la réalisation a été confiée à Zhang Yimou, auteur de wu-xia-pians poussif (HeroLe Secret des poignards volants), vraisemblablement choisi pour la cérémonie des JO de Pékin qu’il a orchestrée.

Andy Lau and Matt Damon team up with co-stars to promote 'The Great Wall' in Beijing, China
Andy Lau et Matt Damon, deux anciens flics ripoux.

Sans surprise, La Grande Muraille est un blockbuster bridé, et pas seulement parce qu’il y a beaucoup de chinois à l’écran (dont la légende Andy Lau, qui jouait dans Infernal Affairs le rôle que reprendra Matt Damon dans Les Infiltrés). C’est aussi un film hybride où la relative débilité des blockbusters américains (l’armée chinoise combat des aliens !) cohabite avec le ton propagandiste des superproductions orientales. Matt Damon y joue un mercenaire individualiste et capitaliste (mais pas trop) essayant de trouver sa place dans une armée chinoise infaillible et brave (mais restant humain grâce au joli minois de Tian Jing qu’on recroisera dans Kong : Skull Island). Si le mélange fonctionne pas trop mal, c’est parce que chaque camp se montre mesuré et diplomatique, s’observant et se tournant autour prudemment, à l’image de son couple de héros cachant leur amour derrière un poli respect mutuel, parce que le public n’est pas prêt pour une romance interraciale. Les liens se nouent donc timidement, dans un film étonnamment ramassé en seulement 1h40.

Mais Thomas Tull, PDG de Legendary Pictures, oblige, le spectacle reste très généreux dans son esthétique guerrière et ses relents de fantasy dupliqués d’après Warcraft (on a réutilisé les armures Chevaliers du Zodiaque). Inévitablement, La Grande Muraille se veut être une version extra-large du gouffre de Helm des Deux Tours. Loin du génie de Peter Jackson, Zhang Yimou signe tout de même un film bien kiffant, étourdissant même quand il décrit les nombreux stratagèmes et machineries de guerre que renferme la muraille. Comme si la maîtrise de l’auteur prétentieux de Hero était proportionnelle à la futilité de son sujet. On n’est pas dans de la grande fluidité (le scénar en chie à boucler ses enjeux) ni de la folie d’un Tsui Hark (lui en aurait fait assurément un chef-d’oeuvre), mais ça fait le saké.

BASTIEN MARIE


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