The Fits

Drame américain (2016) d’Anna Rose Holmer, avec Royalty Hightower – 1h12

A Cincinnati, la petite Toni, 11 ans, s’entraîne à la boxe avec son grand frère dans un grand complexe sportif. Toni est aussi tentée par la danse que pratiquent les filles à l’étage en-dessous, du hip hop très énergique appelé Drill. Alors qu’elle commence cette discipline, Toni est également témoin d’une curieuse contagion chez les filles qui ont, l’une après l’autre, de fortes crises de convulsions…

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Toni (Royalty Hightower) dans une transe qui, apparemment, n’était pas prévue en répèt’.

Premier film de fiction de la réalisatrice new yorkaise Anna Rose Holmer, The Fits est né dans le Biennale College du festival de Venise : pendant la durée du festival, une douzaine de projets de premier ou second film sont développés, puis un jury en sélectionne trois qui reçoivent un budget de 150 000 € et sont projetés à l’édition suivante. Avec une si petite somme et un an de production, de l’écriture au montage, pas étonnant que The Fits ne dure qu’une heure et quart.

Pour autant, Anna Rose Holmer tire de ce tournage éclair un film forcément très spontané et brut, mais aussi très attachant. Les conditions de tournage font recourir à un scénario très épuré, mais cela permet à The Fits d’éviter pas mal de pièges. Le film se déroulant exclusivement dans le complexe sportif, nous ne saurons rien du cadre familial de Toni et nous ne pouvons donc compter sur aucune facilité psychologisante. De même pour cette étrange contamination, incursion fantastique indéterminée, qui nous restera totalement inconnue. Qu’on aime ou non ces larges soustractions narratives (pour ma part, je pense que le film aurait pu être plus rigoureusement raconté), il faut reconnaître qu’il permet d’embrasser complètement le point de vue de sa protagoniste (de fait, The Fits a un regard très juste sur l’enfance) et laisse à sa réalisatrice beaucoup de place pour imposer sa mise en scène, déjà forte et très assurée.

Parce que formellement, The Fits, c’est quelque chose. Tout ce que le film dit du trouble identitaire de sa jeune héroïne passe par la mise en scène, par ses longs plans à la steadycam déambulant dans les couloirs, par la façon de saisir un groupe en isolant le personnage dans un même plan, par la synchronisation cahotante de la riche bande son avec l’image. Anna Rose Holmer s’amuse avec le beat de son film, tantôt lancinant tantôt percutant, pour faire patienter son spectateur jusqu’à l’osmose finale. Comme l’annonce le titre, The Fits fonctionne de manière convulsive autour de son héroïne brillamment campée par la jeune Royalty Hightower, une frêle fillette qui ressemble pourtant à un bloc d’énergie inépuisée. Par tous les moyens, elle tente de s’intégrer au groupe, de suivre le rythme du film – to fit in comme on dit en ricain. Et comme son héroïne, Anna Rose Holmer impose avec The Fits son geste, sans doute imparfait mais déjà très prometteur.

BASTIEN MARIE


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