Quelques minutes après minuit

A Monster Calls. Film fantastique hispano-américain (2016) de Juan Antonio Bayona, avec Lewis MacDougall, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Toby Kebbel et Liam Neeson – 1h48

Le jeune Conor O’Malley vit mal la maladie de sa mère, la fermeté de sa grand-mère et l’intimidation de ses camarades de classe. Un soir, quelques minutes après minuit, il voit l’arbre du cimetière à côté de sa maison prendre vie en un immense monstre. Celui-ci lui dit qu’il va lui raconter nuit après nuit des histoires à la suite desquelles Conor devra raconter la sienne…

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Conor O’Malley (Lewis MacDougall) et son monstre perso (Liam Neeson) vont montrer de quel bois ils se chauffent.

On avait découvert Juan Antonio Bayona avec son premier long-métrage L’Orphelinat (2007), produit par Guillermo Del Toro, déjà un excellent film d’épouvante sur le deuil. Ensuite, le cinéaste s’était adjoint les services de Naomi Watts et Ewan McGregor pour l’impressionnant film catastrophe The Impossible (2012), intégralement financé avec des fonds européens. Avec Quelques minutes après minuit, Bayona s’est une nouvelle fois acharné à produire le film en Espagne et à le tourner en Angleterre, avec le coup de pouce de la société américaine River Road Entertainment pour réunir un budget moyen de 40 millions de dollars. Cette échelle de production, entre les cimes du blockbuster et les abîmes de l’indé, n’existant quasiment plus dans le cinéma mondial, Quelques minutes après minuit aura sans doute bien du mal à s’ouvrir les salles de cinéma et à trouver son public. Pourtant, ne vous y trompez pas : sorti à la première semaine de 2017 chez nous, le troisième film de Bayona est déjà assurément l’un des chefs-d’oeuvre de l’année ! Alors qu’est-ce que vous foutez à lire cet article, courez le voir en salles avant que les tyranniques Disney, Marvel ou Dany Boon ne reprennent leur dictature sur l’exploitation !

Ah, vous l’avez déjà vu ? Dans ce cas, vous n’aurez pas eu besoin de moi pour savoir que vous avez eu raison, vos larmes en témoignent encore. Car oui, vous pleurerez en voyant Quelques minutes après minuit. Même ses détracteurs y pleurent, avant de se reprendre en prétendant que le final nous met le couteau sous la gorge. Que nenni : si le film atteint son immense potentiel émotionnel, c’est parce que son réalisateur Juan Antonio Bayona nous a précédemment offert un véritable modèle de mise en scène riche et cohérente, tout entier au service des tourments de ses personnages. Ceux-ci sont évidemment campés par d’excellents acteurs : la colère sourde du jeune Lewis MacDougall est poignante et renversante, Liam Neeson se targue d’une magistrale prestation en performance capture servie par son inimitable voix caverneuse, et Sigourney Weaver… bah, c’est Sigourney Weaver, elle est géniale, c’est tout.

Mais pour revenir à Bayona, acquérant ici un statut d’auteur qu’on lui devinait déjà, c’est le genre de gars à avoir non seulement vu mais aussi assimilé ET, le modèle auquel tout le monde rapproche Quelques minutes après minuit (sortant ironiquement juste après que Steven Spielberg se soit troué sur Le BGG). Il faut dire qu’ils sont peu à avoir aussi bien saisi l’enfance que lui depuis 1982. Chaque séquence se cale subtilement sur le point de vue de Conor, transformant des éléments du récit en véritables apocalypses personnels pour le garçon (voyez la séquence bouleversante du salon saccagé), résultant à une vision complexe du monde (par exemple quand on refuse la punition attendue par l’enfant). C’est quand la réalité se révèle ainsi confuse qu’on fait appel au monstre. L’incursion de l’imaginaire dans le réel au cinéma, de Créatures célestes au Labyrinthe de Pan, ça n’a rien de nouveau. Et Bayona en a tout à fait conscience, faisant surgir son imaginaire dans un contexte rigoureusement défini : immédiatement présenté comme une chimère imaginée par l’enfant, le monstre annonce en plus qu’il va raconter trois histoires à Conor. Pour autant, tout aussi « réglementé » qu’il soit, l’imaginaire de Quelques minutes après minuit va beaucoup plus loin que ses prédécesseurs : il n’est pas qu’un simple exutoire de son personnage mais bien un complément puissant et nécessaire à la réalité (avec laquelle il fusionne progressivement de fort belle manière dans le film), explicitant ses complexités, répondant à ses non-dits, cernant la confusion qu’elle procure. Ici, c’est bien la réalité qui est floue, fuyante et équivoque, et c’est l’imaginaire qui va nous offrir les clés pour mieux l’appréhender, et nous faire assumer nos émotions et accepter nos contradictions. Au-delà de son sujet sombre, c’est cette foi forte et inébranlable en l’imaginaire qui illumine Quelques minutes après minuit et en fait un film sublime et incontournable, et disons-le nécessaire vu comment l’imagination a quelque peu déserté les écrans ces derniers temps. J’espère qu’il en sera de même pour Jurassic World 2, confié à Bayona qui désormais tutoie littéralement Spielberg !

BASTIEN MARIE

Autre film de Juan Antonio Bayona sur le Super Marie Blog : Jurassic World : Fallen Kingdom (2018)


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