Mister Majestyk

Mr Majestyk. Film d’action américain (1974) de Richard Fleischer, avec Charles Bronson, Al Lettieri, Linda Cristal, Lee Purcell et Paul Koslo – 1h43

Vétéran du Vietnam, Vince Majestyk n’aspire aujourd’hui qu’à une seule chose : diriger paisiblement son exploitation de pastèques dans le Colorado. Emmerdé par une crapule locale, Majestyk se retrouve en prison en compagnie de Frank Renda, un redoutable tueur à gages. Ils parviennent toutefois à s’évader mais Majestyk veut le retourner à la police pour prouver sa bonne foi. Furieux, Randa veut se venger et compte bien ne pas laisser Majestyk cultiver ses pastèques…

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Vince Majestyk (Charles Bronson) en mode vendetta forestière huit ans avant John Rambo. Qui lui n’avait pas trouvé la culture des pastèques comme remède au trauma vietnamien.

Après de nombreux rôles secondaires dans de grosses productions hollywoodiennes (Les Sept MercenairesLa Grande Evasion) puis en exil en Europe pour asseoir davantage sa popularité (surtout grâce à Leone et Il était une fois dans l’Ouest), Charles Bronson trouve enfin l’occasion de devenir une star dans son propre pays avec Mister Majestyk. Tout entier dédié à l’aura de sa star, le film est écrit par Elmore Leonard (qui avait Eastwood en tête, mais bon…) et tourné par le très expérimenté Richard Fleischer. Le résultat est un polar musclé dans lequel le héros éponyme fera tout pour protéger… ses pastèques ! Plus de quarante ans et une admiration sans borne de Quentin Tarantino plus tard, Mister Majestyk est dernièrement ressorti en bluray chez Wild Side dans une sublime édition avec livret (lui aussi très attaché à rendre hommage à Bronson) qui peut étonner tant le film marque par sa modestie.

Pourquoi Tarantino s’est-il tant attaché à cet actioner campagnard musclé mais plutôt tranquille ? A n’en pas douter, c’est principalement pour le scénario d’Elmore Leonard, auteur fétiche du cinéaste qui l’adaptera avec Jackie Brown. D’une écriture aussi sobre et efficace que ses bouquins, Leonard pose avec beaucoup de tendresse son personnage avant de le mener dans les péripéties les plus folles. Le tout porté par la mise en scène solide de ce vieux routard de Fleischer (la séquence de l’évasion vaut son pesant de pastèques), lucide sur le budget réduit du film en comparaison de ses fresques hollywoodiennes passées sans se résigner pour autant à verser dans le cheap paresseux pour toucher le chèque sans effort.  Il est toutefois logique que Mister Majestyk porte le nom de son protagoniste, car c’est bien Charles Bronson qui en fait toute la saveur. Si le prétexte du film – la culture des pastèques – pourrait illico le plonger dans le nanar drolatique, c’est oublier à quel point Bronson est un charisme pur allié à une sympathie immédiate, uniquement ébranlée par les enflures qui ont le tort de lui chercher des noises. Ainsi, le film a pour principal et hilarant point fort cette angoisse grandissante de l’impitoyable tueur à gages (Al Lettieri, progressivement grotesque) face à celui qu’il a trop vite pris pour un bouseux. Ce dernier, c’est donc Bronson, droit dans ses bottes et sur ses terres, campant l’honnête américain soucieux de la réussite de son petit business tout en conservant sa touchante bonhomie, par exemple avec sa ferme volonté de défendre à tout prix sa main-d’oeuvre immigrée, écho aux origines modestes de Bronson dans les mines. En gros, Bronson est le parfait ricain tranquille qu’il faut pas pousser, son sourire mélancolique pensant les blessures du Vietnam. Quelques années plus tard, il deviendra malheureusement ce justicier dans la ville (dont le premier volet sort deux semaines après Mister Majestyk) qui allait devenir, de suites en suites, progressivement et profondément réac.

Quid des pastèques ? Laissons de côté la confusion du nom d’une langue à la nôtre – les pastèques en anglais se nomment water melons – pour préciser qu’à la base, Elmore Leonard avait fait de Majestyk un cultivateur de melons. Le tournage s’étant déroulé en plein été, les melons sont devenus des pastèques pour s’adapter à la saison. Un hasard heureux puisque quand les cultures sont fusillées, on a l’impression que les fruits saignent, accentuant la violence que Bronson va devoir affronter. Décidément, il faut bien se garder de titiller ses pastèques !

BASTIEN MARIE


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