Sully

Biopic américain (2016) de Clint Eastwood, avec Tom Hanks, Aaron Eckhart et Laura Linney – 1h36

En janvier 2009, le pilote Chesley « Sully » Sullenberger sauve miraculeusement ses 155 passagers en amerrissant son avion sur l’Hudson après que ses réacteurs aient été détruits par une volée d’oiseaux. A la suite de cet événement, Sully doit faire face à sa soudaine notoriété de héros, mais aussi à l’enquête du ministère des transports qui pense que d’autres choix plus sûrs que l’amerrissage existaient…

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Sully (Tom Hanks) et son copilote Jeff Skiles (Aaron Eckhart), en plein vol, sont en train de songer à une reconversion dans la marine.

Il y a un an, Clint Eastwood réalisait le plus grand succès international de sa carrière avec American Sniper qui avait eu droit à une vaine polémique entre démocrates et républicains. Aujourd’hui, Clint a voté pour Donald Trump – mais ça, on s’en branle royalement – et sort Sully sur l’histoire récente du miracle sur l’Hudson et de son pilote joué par Tom Hanks. Que Sully fasse suite à American Sniper est sans doute une coïncidence (Eastwood empile sans doute les projets jusqu’à ce que l’un d’eux ait le feu vert de la Warner), mais les films sont tout de même très proches dans son questionnement de récents héros américains. A la différence que l’un, Sully, a accédé à ce titre en sauvant des gens, plutôt qu’en les tuant comme le sniper le plus redoutable de l’Histoire américaine.

A priori, Sully est donc une figure beaucoup moins ambiguë que Chris Kyle, et le pilote est reconnu aussitôt comme un héros par les médias (auxquels Clint Eastwood a le bon goût de fermer littéralement la porte pour ne pas les laisser influer sur le propos du film) et par la population (qui, à New York, est facilement identifiée en un chauffeur de taxi et un barman). Il est même si populaire qu’on l’appelle systématiquement par son surnom. Naturellement, c’est Tom Hanks, spécialiste du héros ordinaire, qui s’y colle. Pourtant, le film va tenter de faire douter de cet héroïsme via les enquêteurs du ministère, prétendant qu’une autre solution était possible. Dès lors, le scénario va vaguement situer le suspens sur ces autres possibilités, sur celle surtout de savoir si le pilote n’a pas tenté la prouesse pour profiter d’une position de héros à quelques années de sa retraite. Hanks suit le mouvement en livrant une interprétation beaucoup plus opaque et fermée qu’à son habitude. Pour autant, cette remise en cause du héros n’est pas ce qui fonctionne le mieux dans Sully puisque on se retrouve face à un type qui a exorcisé New York du 11 septembre (venant inévitablement hanter quelques visions cauchemardesques dans le film) et a apporté une nouvelle image fédératrice de la ville avec ses équipes de secours ayant immédiatement réagi sur l’Hudson. Ce n’est pas si souvent que la réalité nous offre de tel véritable héros de cinéma, alors on ne va pas se plaindre de ceux-là quand ils viennent peupler nos écrans. Et encore, Eastwood résiste à en faire un personnage christique, quand bien même le type a posé un avion sur l’eau !

Justement, c’est bien sur la façon dont Eastwood décrit son héros comme profondément humble (d’où encore une fois l’usage du surnom) et humain, n’ayant rien fait d’autre que son boulot, qui fonctionne à fond dans Sully. Cette humanité qu’Eastwood va faire briller au cœur du système protocolaire du film. D’interrogatoires en salles d’audience, Sully et son copilote n’auront comme seule certitude ce qu’ils ont fait et senti dans ce cockpit et vont le faire prévaloir sur toutes les simulations qu’on leur oppose. Une humanité qui perce également dans le langage rigoureux et informatisé de l’aviation, tel ce contrôleur qui réceptionne l’appel d’urgence en tentant de garder le contrôle. Le facteur humain est donc le salut du personnage qui, comme tous les autres d’Eastwood, fonctionne à l’instinct. Et pour mieux relayer cette humanité, qui fait respirer ce film d’intérieurs, qui anime son austérité apparente, Eastwood va la saisir avec une mise en scène allant comme toujours à l’essentiel (d’ailleurs, sur son heure et demi, je peux vous assurer que Sully n’a pas de gras !), et non sans une certaine pudeur. C’est le cas de la séquence du crash, filmée de la façon la plus antispectaculaire possible, histoire de ramener un peu de normalité à ce qu’on a tôt fait de nommer un miracle. Le trauma de l’incident se diffuse ensuite insidieusement, comme une onde de choc. A l’image du film qui, à l’opposé des mecs en collant de chez Disney, impressionne par sa sérénité, son calme qui nous poursuivent longtemps après le film. Comme d’habitude avec Eastwood, ça a l’air très simple à première vue mais ça marque durablement l’esprit.

BASTIEN MARIE


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