Blue Jean Cop

Shakedown. Film d’action américain (1988) de James Glickenhaus, avec Peter Weller, Sam Elliott, Larry Joshua et Antonio Fargas – 1h37

Un dealer de crack abat un flic en civil à Central Park. Roland Dalton, ambitieux avocat, est chargé de défendre le criminel et pense pouvoir l’innocenter en invoquant la légitime défense. Pour ce faire, il demande de l’aide au flic Richie Marks pour percer à jour la corruption de la police de New York et ses rapports avec les trafics de drogue…

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Après un bon petit cinoche, Roland (Peter Weller) et Richie (Sam Elliott) sont fin prêts à nettoyer New York.

Blue Jean Cop est le cinquième long-métrage de James Glickenhaus, découvert avec le vigilante The Exterminator (1980) et ayant ensuite tenté d’américaniser la carrière de Jackie Chan avec The Protector (titre un peu moins raciste que notre bon titre français Le Retour du Chinois – 1985). N’ayant jamais quitté son New York natal, alors encore sale et mal-famé, Glickenhaus est même devenu le parrain du cinéma d’exploitation local en produisant les films de William Lustig (Maniac Cop, 1988) et Frank Hennenlotter (Frankenhooker, 1990), autant d’œuvres énervées qui feront les beaux jours des vidéoclubs et rééditées récemment en bluray (forcément, ça a une autre gueule) par Carlotta sous le nom de Midnight Collection.

Blue Jean Cop est un des meilleurs représentants de ces bandes d’exploitation new yorkaises 80’s qui, quelque soit ses ambitions, a à cœur de rester cheviller à la métropole poisseuse. Glickenhaus ne nous épargne aucun détail de l’insalubrité ambiante : nightclub infesté de junkies, bordels situés en plein Times Square, prisons surpeuplées et cinémas dans lesquels on balaie les seringues et les bulles de crack. Au milieu de cette jungle urbaine, un duo désabusé de buddy movie nous sert de guide : à ma gauche, Peter Weller (Robocop) en avocat cynique aux dents longues ; à ma droite, Sam Elliott et son éternelle moustache en flic nonchalant mais expéditif quand il s’agit de rendre justice. Tous deux sont bien décidés à nettoyer la ville de ses pires crapules et à rétablir une justice impartiale, au prix d’un polar musclé aux séquences d’action très impressionnantes pour une production si modeste. Le résultat est aussi généreux et kiffant que pouvaient l’être les VHS de l’époque mais, si on appose cette nostalgie à la vision de Blue Jean Cop, il peut aussi devenir une expérience amère qui annonce le début de la fin de cette époque bénie.

En effet, par quelques détails, Blue Jean Cop devient un film sonnant le glas de son univers. Premièrement par son modèle de buddy movie qui, à l’époque où L’Arme fatale cartonne dans les salles internationales, peut être vu comme un emprunt à Hollywood menaçant la sauvagerie et l’indépendance de ce cinéma new yorkais. Glickenhaus semble rechercher activement la production value au risque de rendre son film cheap (le final en réchappe de justesse). Mais dans son propos même, Glickenhaus semble être conscient du terme proche du New York qu’il filme. Le « nettoyage » de la ville que projettent ses héros anticipe celui qu’effectuera le maire Giuliani quelques années plus tard, résultant au New York que nous connaissons actuellement – c’est-à-dire, pour les cinéastes de cette période, une sorte de panneau publicitaire géant qui les dégoûte profondément. Et parmi ses deux héros, il y a le yuppie (Weller) tenté par un mariage d’intérêt et une carrière bien tranquille de juriste d’affaires. Des costards cravates qui finiront par régner sur New York à la place des dealers. J’ai l’air d’en faire tout un drame, alors que Blue Jean Cop ne s’embarrasse pas de cette mélancolie et reste jusqu’au bout un polar bien burné, un baroud d’honneur, dernier ou non. Mais je ne peux pas non plus m’empêcher de penser à James Glickenhaus aujourd’hui : s’étant rangé des voitures du cinéma pour devenir chef d’une entreprise de Wall Street, se rappelle-t-il parfois de Blue Jean Cop et regrette-t-il de ressembler autant au personnage de Peter Weller ? Même avec un film aussi décomplexé et rigolard que Blue Jean Cop, ça peut donc aussi devenir cruel de si bien capter New York et comprendre ses habitants.

BASTIEN MARIE


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