Miss Pérégrine et les enfants particuliers

Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children. Film fantastique américain (2016) de Tim Burton, avec Asa Butterfield, Eva Green, Samuel L. Jackson et Terence Stamp – 2h07

Après la mort de son grand-père qui l’abreuvait d’histoires fantastiques sur un orphelinat d’enfants aux pouvoirs particuliers, Jake se rend sur une île du Pays de Galle pour s’assurer de l’existence de l’endroit. Là, il découvre que non seulement Miss Pérégrine et ses protégés existent bel et bien, vivant cachés dans une boucle temporelle, mais aussi qu’il est le seul à pouvoir les protéger d’horribles créatures qui les traquent…

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Miss Pérégrine (Eva Green) est bien armée pour dissuader les spectateurs de vouloir lui crier : à poil !

Nous avions laissé Tim Burton sur un Big Eyes de bien triste mémoire récente : en plus d’être un échec au box office, le film était surtout un sommet d’indifférence de son auteur, ne parvenant jamais à rendre intéressante une histoire qui aurait pourtant stimulé n’importe quel artiste. Aujourd’hui avec Miss Pérégrine et les enfants particuliers, Burton met en image pour la Fox un quelconque best-seller adolescent parfaitement calibré pour l’auteur d’Edward aux mains d’argent. A tel point que la promo du film affichait partout un #je suis particulier qui décrit bien toute la tragédie de la carrière de Burton, son univers singulier étant devenu une marque identifiable. Mais surprise, le réalisateur trouve dans ce projet a priori peu audacieux une occasion de trouver sa place dans l’entertainment actuel (et je pense qu’il sera aussi ravi de constater le succès de son film).

Attention, Miss Pérégrine et les enfants particuliers n’est pas non plus une résurrection digne d’un phénix ; le film est trop plein de menus défauts pour ça. Premièrement, il ne se débarrasse jamais de son opportunisme d’énième récit fantastique pour ados lorgnant sur X-Men, encore que Burton a la politesse de bien clôturer son aventure pour un film unique sans trop quémander une suite. Certains voient en Miss Pérégrine un retour aux sources du réalisateur renouant avec l’imagerie de ses débuts, mais son univers gothique a eu tout le temps de bien se vendre pour que l’esthétique de ce nouvel opus soit vraiment rafraîchissante. Mais le plus gros souci de Miss Pérégrine est encore sa narration brinquebalante, surtout venant d’un Burton étant généralement un conteur rigoureux. Partant sur une resucée de Big Fish (avec un Terence Stamp formidable en grand-père soit dit en passant), le film plonge ensuite tête la première dans une intrigue trop dense dont certains tenants et aboutissants seront lâchés en route. On aurait ainsi aimé traîner un peu plus dans l’école de Miss Pérégrine mais le film est vite rattrapé par ses nombreux enjeux.

Un peu boîteux et maladroit, Miss Pérégrine et les enfants particuliers fascine toutefois par l’attachement que Tim Burton retrouve pour son sujet, contrebalancé par l’amertume qu’il éprouve en y identifiant son propre cinéma. Car si on jubile à voir les pouvoirs des gamins (quoique utilisés avec parcimonie) et le fonctionnement de leur environnement (la séquence du rembobinage du temps est superbe, particulièrement en 3D), tout cela est terni par l’existence très limitée de cet univers dans son cadre spatio-temporel restreint. Avec cette temporalité contrariée, Burton se confronte à la nostalgie – si ce n’est l’archaïsme – de son propre univers, la teintant d’une douloureuse émotion qui ne trouve aucun équivalent dans le boulimique fan service hollywoodien actuel. Heureusement qu’un climax enjoué vient égayer un peu cette amère prise de conscience : en gros, Jason et les argonautes vient foutre une raclée à l’entertainment hollywoodien résumé (ou transcendé selon votre frustration personnelle de spectateur) à une fête foraine kitsch. Finalement, si Burton est revenu aux sources, c’est peut-être avec cet esprit de sale gosse exhumé de son dernier chef-d’oeuvre en date Mars Attacks. Espérons qu’il en garde un peu pour ses prochains films qui devront sortir des dents de scie de sa filmo du XXIème siècle.

BASTIEN MARIE


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